Titi, Bugs Bunny, Goya et Lucky

Chantal GoyaChantal Goya la planète merveilleuse

Marie-Rose (Chantal Goya) évolue parmi les grandes figures de la mythologie enfantine : pierrots, colombines, rats des villes, rats des champs, Luciole, Jean-Baptiste Poquelin, les Pieds nickelés, Bécassine, Guignol, gendarme, les corsaires scarabées, le chat botté, Jeannot lapin, la chèvre de M. Seguin. Pour faire participer les enfants à son spectacle et échanger avec son public, il n’y a pas meilleur moyen : on fait défiler toutes les valeurs sûres rencontrées au fil des années dans les contes illustrés, les bandes dessinées, les spectacles de marionnettes. La machine Debout a les pieds sur terre et tient les rênes de la recette assurée. Son succès est très discuté, tout comme celui de Jean-Baptiste qui, il y a trois siècles, divertissait la cour. Le fil est ténu, qui accroche les différents tableaux. Comment ordonnancer harmonieusement des bribes d’histoire que l’on passe en revue, hors contexte ? Il y a un truc pour cela faire des voyages… sur la mer, dans l’univers. De Paris aux mers du Sud, de l’île Merveilleuse à la planète Merveilleuse… Faire d’un escargot un carrosse, d’un soulier un navire à vapeur, de papillons des musiciens, de petits rats en tutu des fleurs. Mlles les fleurs des îles chantent et dansent gentiment (les tutus roses, la couronne printanière sur les chevelures bouclées sont agréables à l’œil). Les pâtissiers font un pas de deux résolument moderne et coquin. Et surtout vous pourrez procurer, sans vous déplacer, le show de cette fin d’année à vos vacanciers.

POIVRE D’ARVOR: «J’ ai toujours été pour les chaînes privées, même avant 81»

POIVRE D'ARVORÊtes-vous abonné à Canal Plus ?

Oui, je m’y suis abonné au moment où j’ai été engagé, début octobre.

Ça a dû être gratuit pour vous ?

Fin octobre, André Rousselet, PDG de Canal Plus, nous a annoncé que les employés auraient une prime annuelle de 1 440 francs qui correspondrait à l’abonnement à Canal Plus. Libre à certains d’empocher la prime et de ne pas s’abonner. Moi, je suis abonné.

Avez-vous eu des problèmes pour trouver un décodeur ?

Ça n’a pas été si simple, mais ça n’a pas été non plus le passage de la Berezina.

Les difficultés techniques de mise en place de Canal Plus ne risquent-elles pas de décourager les abonnés potentiels ?

Ces problèmes ont prouvé qu’il y avait un véritable engouement pour Canal Plus. Bien sûr, ce n’était pas très drôle pour les abonnés. Mais je crois que ce sont des défauts de jeunesse qui seront oubliés dans quelques mois. Pour répondre plus précisément à votre question, je pense, au contraire, qu’il va y avoir un appel, né de la frustration et des obstacles à franchir pour avoir Canal Plus.

Après quinze jours d’émissions, pouvez-vous dresser un premier bilan de votre expérience à Canal Plus ?

Il faut partir du principe que c’est une folie douce de s’engager dans ce genre d’expérience. Finalement, la machine est lancée malgré quelques problèmes, et il nous reste à affiner les programmes. Je ne porterai pas de jugement global sur la chaîne, mais en ce qui concerne mon émission, je connais à peu près les différents points à améliorer. Je souhaite faire des sujets plus courts, des interviews plus «ramassées». En fait, il faut qu’il y ait un rythme soutenu et un ton cool.

Quand vous interviewez certaines célébrités, vous n’y allez pas par quatre chemins tout de même ?

Je ne suis jamais agressif dans ce cas-là. Je cherche simplement qu’une vérité sorte des gens que j’interviewe. Je ne pourrais jamais faire la promotion du dernier film, du dernier disque et du dernier spectacle de la personne qui est en face de moi. Je crois que les téléspectateurs ressentent très bien ce côté «renvoi d’ascenseur», show-business, et qu’ils ne l’apprécient pas beaucoup. Je ne suis ni un cireur de pompes ni un journaliste qui utilise le vitriol. Il faut quand même aimer les gens avec qui l’on parle et aimer les sujets que l’on traite.

Avez-vous vraiment l’impression de travailler pour une chaîne privée ou existe-t-il un contrôle discret et habile comme dans une chaîne du service public ?

Je ne suis pas parti du journal télévisé d’Antenne 2 par hasard. Tout ce qui ressemble à un contrôle de mon travail me fait hurler. Si j’ai dit oui à Canal Plus, c’est que je fais confiance aux gens qui dirigent la chaîne. Soyons francs, ce n’est pas une société totalement privée. C’est disons une société de droits privés, ce qui représente une première brèche dans le monopôle. C’est aussi une société qui ne fonctionne que par la loi du marché. Nous sommes condamnés à être bons si nous voulons avoir de plus en plus d’abonnés. Je trouve malgré tout dommage qu’une grève de TDF nous affecte comme les autres chaînes. Pour conclure, j’ai toujours été pour les chaînes privées, même avant 81, et je ne peux faire la fine bouche quand une chaîne nouvelle apparaît. J’espère qu’il .y en aura de nombreuses autres.

Il y a un peu plus d’un an, Pierre Lescure vous écartait aimablement du journal télévisé de 20h. Au mois de septembre, il vient vous « sortir d’un placard » pour collaborer à Canal Plus. C’est à n’y rien comprendre…

Il y a des gens qui, à un moment, sont obligés d’obéir aux ordres venus de haut. Cela correspond, hélas, au système étatique en vigueur en France. Pour mon cas, on ne peut pas dire que Lescure m’ait montré le chemin de la sortie. A un moment donné, je le me suis plus senti libre de mes mouvements et je suis parti. Pierre Lescure s’était conduit élégamment à l’époque, et c’est encore une certaine élégance que de venir me chercher un an plus tard. Il doit penser que je ne suis pas si mauvais que ça.

Vos articles dans Paris Match et le Journal du Dimanche, vous les faites pour justifier votre carte de presse ou pour l’argent ?

Il me semble que l’on fait du journalisme aussi bien dans l’audiovisuel que dans la presse écrite. Simplement,j’ai la possibilité à Canal Plus d’approfondir les choses, de voir les gens plus longtemps. Pour moi, il est très important de continuer à être un journaliste par tous les pores de la peau.

POIVRE D'ARVOR2Vous êtes devenu un écrivain à succès. Pourquoi jouer la carte du roman plutôt que celle de l’essai ou du compte-rendu journalistique ?

Ça représente un autre aspect de ma personnalité. C’est la meilleure façon pour moi de partir en vacances, de rêver ma vie. Je trouve que c’est très agréable de la rêver en public.

Revenons à Canal Plus. Votre émission passe en clair, c’est-à-dire que tous les téléspectateurs peuvent la voir. Croyez-vous vraiment que ça va attirer de nouveaux abonnés ?

Ça a dû être une idée des patrons de Canal Plus. Apparemment, l’émission a l’air de séduire parce qu’elle est différente de ce qui a été fait jusqu’à maintenant. Les enquêtes parcellaires qu’on a pour le moment sont très encourageantes.

Passons à la vidéo. Le magnétoscope est un élément complémentaire de Canal Plus, non ?

Mon emploi du temps ne me permet pas de regarder beaucoup la télévision. En fait, Canal Plus me convient parce que la grille des programmes est bien étudiée et que je peux voir un film la nuit quand je rentre chez moi. Je n’utilise plus de magnétoscope, je n’ai pas le temps.

Avec. «Tous en scène», vous devez aller de plus en plus au cinéma. Quels films vous intéressent ?

J’y allais déjà beaucoup avant. Pendant dix ans, j’ai fait des critiques de films dans un petit journal. Je vais tout voir, même si je préfère le cinéma d’auteur.

On a beaucoup parlé du câble et du satellite, qu’en pensez-vous ?

Je suis assez dur pour ce gouvernement comme pour ceux qui l’ont précédé. Ils ont tout fait pour retarder les échéances. Je n’ai jamais vraiment cru au câble, vu les choix qu’on a faits et le retard qu’on a pris. Le satellite me paraît plus envisageable à court terme. Tous les pays qui nous entourent, en dehors de l’Espagne, sont dix fois plus en avance que nous en matière d’audiovisuel. Le pouvoir a peur de la puissance de la télévision. Il ne veut pas la perdre en faisant disparaître le monopôle. Mais ça viendra progressivement.

Avec toutes vos activités, avez-vous quand même le temps d’avoir des projets ?

J’écrirai sûrement un autre roman un jour. J’ai très envie également d’écrire un scénario pour le cinéma. Pour l’instant, je couve le bébé Canal Plus et ce n’est pas facile…

Sylvie lady vamp !

Sylvie lady vampFlashback, il n’y a vraiment pas longtemps de cela. Rappelez-vous la trilogie magique en S majeur sixties/Sylvie/SLC. Un ménage à trois que rien n’ébranle, pas même les plus agités des mois de mai. Un peu plus tard, l’équation ressemble de plus en plus à seventies/Sylvie/star. Plus un nom, Vartan, qui s’inscrit avec une belle régularité au fronton de divers palais, des Sports ou des Congrès. Sonnez tambours, jouez trompettes, brillez paillettes, la reine Soleil prépare aujourd’hui sa campagne d’Amérique en nous offrant, en guise d’apéritif-vidéo, la cassette du show présenté à Las Vegas, en décembre 1982. Autant de (bonnes) raisons de la rencontrer et de découvrir que la femme sympathique discrètement chaleureuse et professionnelle jusqu’au bout des ongles, que j’ai en face de moi. se trouve à des années blondeur – lumière de la vamp glacée pour couverture de magazine. Le charme est là, bien sûr, conjugué au féminin singulier du participe talent. Le tout signé Sylvie signe du Lion.

Parlez-nous d’abord de ce fameux show de Las Vegas. A-t-il été préparé différemment de vos spectacles français ?

Ce show représente un événement majeur dans ma carrière dans la mesure où je me produisais pour la première fois aux États-Unis. Sentimentalement pour moi, c’est important. Mais on ne peut pas parler de grande différence avec mes autres spectacles car, qu’ils soient présentés en France ou ailleurs, je garde toujours les numéros que j’aime bien. Le choix de mes chansons ne change pas tellement, sauf que je chante davantage en anglais là-bas.

A l’heure où une majorité de chanteurs présente des shows à gros budget, vous annoncez votre intention de vous orienter vers des spectacles plus traditionnels comprenant davantage de chansons à texte. N’est-ce pas paradoxal venant de vous ?

J’ai commencé à présenter des shows à grand spectacle vers la fin des années soixante car personne ne le faisait à l’époque, du moins dans le domaine des variétés. J’étais très excitée de présenter ce genre de shows, mais aujourd’hui que tout le monde s’y est mis, ça m’intéresse moins. D’autant plus que je commence à me lasser moi-même de faire toujours la même chose. En fait, tout dépend des chansons. Dans l’absolu, j’ai envie de changer de formule et de m’orienter vers des spectacles plus intimes, mais certaines chansons ont un côté tellement visuel que je finis par me laisser faire…

Certains chanteurs font également mettre en scène leurs spectacles par des réalisateurs de théâtre…

C’est une très bonne idée au demeurant. Il est très difficile d’être l’artisan de son propre spectacle. Un apport extérieur et le talent de quelqu’un d’autre se révèlent alors d’un grand secours, et puis, à la longue, on se dessèche à force de tout faire soi-même. De toute façon, on est toujours seul au music-hall, on doit tout porter sur ses épaules. Malheur à ceux qui se trompent ou qui font un bide. Ils s’en relèvent très difficilement. Ce n’est pas le cas pour les acteurs de théâtre ou de cinéma qui sont toujours épaulés par le réalisateur qui les dirige, l’histoire, le montage.

Depuis quelque temps, on assiste à un engouement pour tout ce qui concerne les sixties. Trouvez-vous cela justifié ?

Oui, car les années soixante constituaient une époque spéciale et privilégiée dans la mesure où elles correspondaient également à un changement total dans la musique. Toutes proportions gardées, on peut comparer cette transition à une espèce de révolution, c’est un peu comme quand, au cinéma, est passé du muet au parlant. Cette énorme cassure musicale était, de surcroît, beaucoup moins accentuée aux États-Unis qu’en France où on est directement passé de la chanson française traditionnelle au rock and roll. On s’est aussi rendu compte à ce moment de l’importance prise par la jeunesse, du fait qu’elle existait et formait un public à part entière, avec ses propres idoles, ses envies, son style. Depuis, je ne considère pas qu’il y ait eu de changements aussi brutaux, sans doute parce que la musique n’a pas vraiment évolué de façon, révolutionnaire. Le grand fait, notable, dans la chanson aujourd’hui, c’est que la musique tend de plus en plus à aller vers l’image.

Pendant longtemps, des adjectifs étiquettes tels que courageuse, travailleuse et glaciale vous étaient régulièrement apposés. Cela s’est quelque peu estompé aujourd’hui. Comment y réagissez-vous ?

Il est d’abord très difficile d’être une femme dans le show-biz car c’est un métier d’homme. Il faut bien savoir ce que l’on veut pour arriver à faire ce dont on a envie. Or, quand vous avez une idée exacte de votre métier et de ce que vous voulez projeter, les gens prennent peur et vous qualifient de femme courageuse, froide et déterminée, des adjectifs qui ne sont pas agréables à entendre, surtout de la façon dont ils sont formulés. Je ne sais pas pourquoi il a toujours fallu donner des explications à mon égard. Mon image de femme glaciale vient sans doute du fait que je suis quelqu’un de pudique et réservé et que je ne me livre pas facilement. Je n’ai jamais cherché à me fabriquer un personnage, à faire semblant d’être quelqu’un d’autre ; j’ai une certaine rigueur dans mon travail et dans ma vie, mais cela ne m’empêche pas de m’amuser et d’être détendue… Ce n’est pas parce que l’on sait ce que l’on veut et qu’on ne flotte pas en permanence qu’on est moins artiste qu’un autre !

En 1979, vous avez été la première chanteuse française à tourner deux clips lors de la sortie de votre disque américain «I don’twant the night to end». Depuis, plus rien. Pourquoi ne pas avoir donné suite à cette expérience ?

J’avoue avoir un peu négligé cet aspect, mais il faut dire que, ces dernières années, j’ai eu du pain sur la planche. Je compte me remettre sérieusement au clip ce mois-ci, pour illustrer une des chansons de mon prochain album américain. Cela dit, puisqu’on parle de clips, je constate une certaine disparité entre ceux qui sont faits aux États-Unis et les clips français. J’estime que, par rapport à ceux qui sont montés aux États-Unis et qui vont jusqu’à coûter parfois 300.000 ou 400.000 dollars, quand, en France, on ne dépense que 300.000 francs, il est sûr qu’on ne peut obtenir la même qualité. Attention, je ne dis pas qu’un clip de 300 millions d’anciens francs est forcément meilleur qu’un de cinquante, mais il existe de fortes chances pour que la différence soit visible par le public qui, recevant tout en bloc, ne manque évidemment pas de faire des comparaisons entre eux.

Y a-t-il des clips qui vous ont marquée dernièrement ?

Étant abonnée à MW à Los Angeles, je les vois tellement défiler tout au long de la journée que je n’y prête même plus attention. «Beat it» et «Thriller» de Michael Jackson m’ont assez impressionnée à leur sortie. J’aime bien aussi les clips de Lionel Ritchie ainsi que ceux de Cyndi Lauper que je trouve fous et très bien réalisés. Mais je dois vous avouer que je ne suis pas très « cassette » en général. J’ai beaucoup de mal à mobiliser mon esprit dans un espace, à me concentrer sur un petit écran chez moi, dans mon environnement. Il me faut le noir, le silence, le calme absolu pour être complètement déconnectée et prise par ce que je regarde, ce qui n’est pas chose facile. Ce que je veux, c’est voir un film sur grand écran, avec un son extraordinaire, le cinéma, quoi… La vidéo convient à des œuvres intimistes .ou des variétés, mais pas à des films comme «Star wars», «Gandhi» ou «Amadeus», le nouveau film de Milos Forman, un authentique chef-d’œuvre.

Toujours à propos de vidéo, je suppose que « piratée » comme bon nombre de chanteurs, vous devez bien avoir votre opinion sur la question…

Ce qu’il faut savoir, avant tout, c’est qu’un show présenté au music-hall est conçu et présenté en fonction des besoins scéniques d’un chanteur. Si ce dernier décide de faire filmer son spectacle pour la télé ou le cinéma, il est évident que des dispositions techniques sont alors à prendre et qu’il faut filmer l’ensemble sous différents angles avec des éclairages supplémentaires à ajouter. Les pirates filment le tout n’importe comment dans des conditions aléatoires et les gens se basent alors sur ces documents pour juger les prestations d’un artiste. Ce procédé devrait être rigoureusement interdit car il trahit, d’une certaine façon, le travail d’un chanteur, surtout du moment qu’il y a piratage, donc détournement de l’image et du son. Il y a encore peu de temps, le vidéophile se contentait de retrouver sur son écran TV des images qu’il avait pu enregistrer, ou un film qu’il avait loué. Ce seul miracle semblait lui suffire. Puis il réclama des fonctions plus sophistiquées, des ralentis, des arrêts sur image, la visualisation accélérée, avant et arrière, s’il vous plaît ! Aujourd’hui, tout cela est presque banal… Mais il reste encore un terrain bien à part sur lequel les magnétoscopes peuvent largement s’améliorer : le son. Eh oui : tandis que les salles de cinéma rivalisent de qualité sonore (Dolby, stéréo séparée, enregistrement numérique), la vidéo garde une qualité sonore bien médiocre. Souvent juste égale à celle d’un magnétophone mono de milieu de gamme… Déplorable, quand on sait qu’un son pur et large donne de l’ampleur à l’image ; et ne parlons pas des vidéocassettes musicales ! Le vidéophile bricole donc : il raccorde son magnétoscope ou son téléviseur à sa chaîne hifi, et améliore ainsi un peu le rendu sonore. Mais c’est encore insuffisant. Le nouveau magnétoscope JVC, qui porte le doux nom d’HR D 725 S, est stéréo et hifi : deux appellations qui ne sont absolument pas, usurpées, on l’entend dès les premières minutes du test ! L’enregistrement du son emploie une nouvelle technique : les têtes audio de lecture et d’enregistrement sont situées juste à côté des têtes vidéo et utilisent donc sur la bande, non pas une piste longitudinale (classique pour le son), mais une piste hélicoïdale, semblable à celle de l’image. C’est-à-dire que l’audio bénéficie alors de la richesse de signal et d’informations qui est normalement réservée à la vidéo. Mais le son ne prend-il pas alors de la place à l’image sur la bande, objectera-t-on ? Justement non : le procédé se nomme D-MPX, ce qui veux dire «multiplex en profondeur» (vous l’aviez deviné). En fait, audio et vidéo sont enregistrés parallèlement, mais sur des couches différentes du revêtement magnétique de la bande. Et le tour est joué, images et son riches cohabitent dans un même espace ! Le D 725 S conserve quand même un système audio classique, en supplément. En effet, les cassettes préenregistrées n’utilisent encore presque jamais cette nouvelle technique stéréo. Il faut donc pouvoir lire normalement leur piste son… C’est une lacune du procédé, puisque le son est dans ce cas juste un peu meilleur que sur un scope banal ; il faut attendre que les éditeurs suivent. En fait, les exceptionnelles qualités sonores de ce VHS hifi stéréo sont pleinement utilisées avec les propres enregistrements de l’utilisateur. Le son de la TV peut être enregistré en hifi : rendu assez nettement meilleur. Tous les doublages son sont possibles : simultanément, sur les deux voies de la stéréo ou sur l’une d’entre elles seulement. A vous donc les vidéoclips haute fidélité stéréo doublés avec le disque ; à vous de subtils mixages entre les deux voies (musique sur l’une, commentaire sur l’autre pour les fameux «souvenirs de vacances»). Enfin, certains programmes sont quelquefois diffusés simultanément sur TV et radio FM : facile, avec ce nouveau scope, d’enregistrer le son d’un côté, et l’image de l’autre… On notera que toutes les manipulations de doublage ne sont pas évidentes et qu’il faut parfois recourir à des mixages successifs. Et l’image ? Elle est bonne, merci, et même très bonne : quatre têtes vidéo se chargent d’éliminer les barres de parasites en accéléré, ralenti ou arrêt sur image. On appréciera encore une fonction très rare : les bandes peuvent être visualisées, en avant ou en arrière, à vitesse variable de neuf fois la vitesse normale à 1/40. Le reste est plus classique, mais se situe toujours dans des performances haut de gamme : le raccord entre séquences se fait automatiquement et exactement sans aucun scratch ; la fonction d’insertion permet d’intercaler une ou plusieurs images dans un autre enregistrement, avec une parfaite précision ; l’insertion peut permettre aussi des raccords au millimètre. Le «topage» de séquence est possible : un signal est déposé sur la bande, le scope fait la recherche automatiquement. Autre contrôle : un indicateur de bande restante, très précieux, permet de ne jamais se retrouver par surprise à cours de munitions ! Les possibilités d’enregistrement différé sont bien dignes d’un scope new wave : 8 programmes sur 14 jours, plus la touche OTR d’enregistrement instantané en 30, 60, 90,- ou 120 minutes. Bref, pas une fonction n’a été oubliée ! Même l’esthétique de l’appareil semble avoir fait l’objet de soins attentifs : une ligne mince et effilée (10 centimètres de haut seulement), un habillage uniformément noir, qui vient habilement souligner l’éclat et le nombre des voyants lumineux, fenêtres claires et larges pour l’heure et les programmes, et même diodes luminescentes pour les crêtes d’enregistrement audio ! Superbe, une vraie symphonie de couleurs ! On appréciera le chargement frontal de la cassette à double volet, indiquant toujours si une cassette est déjà présente ou non : désormais classique chez JVC. La partie arrière du scope recèle tous les branchements : antenne, entrée et sortie vidéo, prises casque et micro, et 3 couples (stéréo oblige) de branchements audio, entrée, sortie et mixage. Une fois de plus, rien n’a été oublié (c’est hélas rare…). Un dernier compliment pour la télécommande, très fonctionnelle, et elle aussi tout de noir vêtue : touches larges et souples, et surtout un bouton par chaîne, ce qui est bien plus commode que le système de défilement + /— ! Le prix du HR D 725 S est à la hauteur de ses performances : 12.000 francs.

Benji

BenjiChaque famille américaine rêverait de posséder un toutou comme Benji. Ce petit chien prodige, indépendant et autonome, commence en effet sa journée en apportant le journal à une famille en échange d’un bon repas, et va tour à tour rendre visite à un agent de police, un patron de restaurant et… au chat de sa voisine, au grand désespoir de cette dernière. Compagnon préféré de deux jeunes enfants, il réussit brillamment à déjouer un complot d’enlèvement dirigé contre eux. Grâce à ses multiples escapades quotidiennes, Benji pourra, avec l’aide de sa compagne Tiffany, permettre à la police de démasquer les coupables. Cet amalgame d’humour et de tendresse séduira les petits comme les grands par son histoire originale, et la découverte d’une nouvelle superstar américaine.

Le capitaine Flam

Le capitaine FlamAu QG du gouvernement intersidéral se tient une réunion au sommet. L’empereur de l’espace lance une nouvelle offensive. Depuis des années, il est responsable d’un mal incurable qui frappe ceux qui osent lui résister. Ce mal, c’est la rétrogradation de l’espèce. Nous sommes H moins cinq. Le capitaine Flam est appelé de toute urgence, il est l’homme des situations désespérées : arcades sourcilières très prononcées, sourcils décidés, allure athlétique, rouflaquettes à la Zorro, il porte une tenue de hobereau lunaire et le F de Flam sur son ceinturon. De plus, il est investi d’un certain nombre de pouvoirs pour faire régner l’ordre et la justice dans l’univers. Un cerveau, un robot et un androïde ont parfait l’éducation de Curtis, alias Flam. Le mystérieux capitaine pourra-t-il intervenir à temps pour empêcher l’empereur de mettre à exécution ses projets? L’empereur est très sûr de lui et veut devenir président. Il détient sous son pouvoir des métaux rares. Comment déjouer le piège de l’empereur ‘? Le fléau sera-t-il stoppé ? Les personnes atteintes de rétrogradation seront-elles guéries ? La civilisation de Mégara retrouvera-t-elle son état passé dans la paix et l’amitié intersidérale ? Nous reverrons-nous Cap’ tain ? Les séances de rétrogradation sont très spectaculaires, la mer prend feu, le barbier officie en pleine ruelle sortie de notre Moyen Age, l’attirail de circonstance est sorti également : pilote automatique, propulseur à neutrons, contrôleur de masse, tenues spatiales un bric à brac de jeux électroniques.

Nanou fils de la jungleNanou fils de la jungle

Cet entraîneur américain là aime son métier. Il lefait avec toutes ses tripes. Ses propos sont toniques. Le malheur, c’est que les résultats sont catastroceimes. Qui dit enchaînement de défaites dit perte de recette. Son contrat de travail est déchiré. Que faire? Retrouver un souffle nouveau,une tactique différente ou bien, ou bien… Ce n’est pas l’artisan qui est malhabile, ce sont les outils qui sont inadéquats. L’entraîneur, toujours flanqué de son adjoint débile, décide de faire un pèlerinage-histoire de décompresser et de se retrouver – au pays de ses ancêtres : l’Afrique. Au cours d’un safari, il rencontre un très bel athlète blond, Nanou, élevé parmi les lianes de la savane. Nanou court plus vite que le guépard. L’idée germe chez l’entraîneur qui, s’il n’a pas de jambes, a une tête. Ce phénomène de la jungle a tout du poulain prometteur. Pris au piège d’une loi tribale, Nanou émigre au pays des stars du muscle où il devient très vite champion et héros, à la une de tous les magazines. Pour préserver sa paix intérieure et abriter son récent bonheur, le énième Tarzan regagne son Afrique natale, laissant notre valeureux coach de nouveau sans emploi. Qu’a cela ne tienne, le coach part à la découverte de l’Asie lointaine où il détecte un jeune autochtone qui… court plus vite que le poney.

Les quatre filles du docteur March

Les quatre filles du docteur MarchL’histoire se déroule en Nouvelle-Angleterre sur la côte des États-Unis tournée vers le vieux continent, dans une ville du nom symbolique de Concorde. Le Docteur March est parti se battre pour la liberté. Sa femme, charitable et tolérante, veille à l’éducation de leurs quatre filles. Laissons la place aux quatre héroïnes. «Moi l’aînée, on me surnomme Meg, je suis coquette et déjà presque une femme. Mois, Jo, je suis le garçon manqué… un jour je serai riche et célèbre grâce à mes romans dont les ébauches rencontrent un franc succès auprès des enfants… et des parents. Moi, je suis Beth, timide et émotive, du piano seul je sais m’approcher. Quant à moi, Amy, je suis la petite dernière et mon minois est celui d’une poupée de porcelaine fragile». La maison, le quartier, la paroisse ont pour centre ces gamines. Elles font don de leur maigre nourriture ou bien de leur gaieté communicative selon les besoins des voisins. Ce dessin animé ressemble à un tableau naïf de la vie de tous les jours qui aurait pris vie ; les fillettes ont tout de poupées d’autrefois simplement attachantes que l’on déplacerait au gré de la fantaisie, avec prudence et douceur. Leur démarche, leur évolution sont celles des précieux soldats de plomb que nos petits frères faisaient évoluer sur un champ de bataille imaginaire… Le tout filmé par un père Noël du haut de sa cheminée. Voilà un divertissement un peu désuet qui sonne aux oreilles de ma génération comme «Les deux orphelines sur les petits écrans de l’après-midi de Noël. Petites filles, et moyennes, préparez vos mouchoirs.

 

Le capitaine Flam schtroumpfe dans la jungle avec Dracula !

Le trophée d’or des schtroumpfs

Voilà encore sept aventures de Schtroumpfs bien savoureuses. Tout d’abord il faut élire le Schtroumpf qui a apporté la contribution la mieux réussie pour lui remettre un trophée. Résultat du scrutin 98 ex-æquo. Le 99e Schtroumpf est tiré à hu et à dia. La sorcière, quant à elle, veut remporter le prix Miss Profondeur des ténèbres. Pour défriper sa vieille peau et avoir des chances, il lui faut s’enduire de graisse de Schtroumpf. Elle kidnappe la colonie… qui le lui rend bien I M. Beatnik est en mal d’amour, il souhaite ravir la Schtroumpfette. Le Schtroumpf costaud se déguise en amourette d’un jour et échappe de justesse à Gardenia, la gardienne de la grotte aux pierres précieuses, laquelle finit par épouser M. Beatnik.Le trophée d'or des schtroumpfs Nos Schtroumpfs sont de nouveau en danger : la sorcière Hogatha détient la légendaire boucle d’oreille destructrice de Schtroumpf. Le Schtroumpf musicien souffle des notes discordantes dans les boucles d’oreilles et Hogatha est neutralisée. Elle repart à califourchon sur son aigle. Deux Schtroumpfs ne répondent pas à l’appel : Schtroumpf farceur et Schtroumpf grognon ont disparu. Une recette indique à la sorcière que trois poils de chat et une larme de Schtroumpf assurent la fortune. Et la vieille sorcière de raconter une histoire aux deux Schtroumpfs pour les faire pleurer. Lequel des deux craquera ? Aujourd’hui c’est la fête de l’arc-en-ciel et pas un nuage ne se pro file à l’horizon. Dame nature a oublié. La colonie Schtroumpf doit trouver un ersatz. Le grand Schtroumpf heureusement connaît la recette : onze biscuits dorés, douze violettes, douze jacinthes, douze boutons d’or dans la marmite… Nos Schtroumpfs pourront-ils faire la fête ? Le sorcier Gargamel a besoin d’une maison plus grande pour vivre avec son chat. Il demande au grand livre, mais le grand livre a terminé sa journée et doit se reposer. Gargamel sauve sa masure de justesse. La Schtroumpfette fait des ravages. Le Schtroumpf paysan est amoureux et veut lui écrire son amour en poème. Il se fait aider par le Schtroumpf poète à qui il demande un motus et schtroumpf cousu. Rendez-vous est décidé sous le grand chêne… Attention l’amour est comme un oignon, parfois ça fait pleurer. L’amitié, c’est un bourgeon, ça grandit avec l’été.

Dracula

DraculaDans la première partie, le comte roumain a trouvé refuge à Boston. En cette nuit de Noël, il vient de recevoir un fils de la femme humaine que s’était réservé Satan en personne. Un compte à régler entre suppôt de Satan et Lucifer. Dans le deuxième volet du conte, Quincy Harper a perdu son père, sa femme et son fils par la faute de Dracula (fantastique ou drolatique ?). Et, pour finir, Dracula chauve-souris combat Dracula misérable humain… Tous ces incidents mélodramatiques trouvent leur dénouement dans une cacophonie où, pris par les flammes de l’enfer transylvanien, vampire et chasseur de vampire retournent au royaume des morts. Les mammifères aux quatre doigts tendus pourfendent la nuit d’encre. Une vamp de BD quitte sa couche pour injecter, vite fait, bien fait, le poison des vampires. Les morts vivants font grimacer leur teint terreux, Lucifer sort de sa page d’anatomie sanguinolente. Peut-on rire, peut-on frémir dans ce pot-pourri de chauves-souris ?

De Bowie à MacLaren en passant par Bronski Beat

Dans un tout autre genre, le Madam Butterfly de Malcolm Mac Laren, est un éblouissant exercice de style. L’ex-manager du groupe le plus scandaleux de l’histoire du rock (les Sex Pistols) s’est lancé depuis deux ans dans un pillage/recyclage, en fabuleux homme des médias qu’il est. Après le rap, le hip-hop, il fait du classique de Rossini, un tube pop. Mais comme il est aussi un homme de la mode, il a su habiller sa chanson de façon étonnante. Dans une atmosphère de bain turc, des créatures belles et longilignes (des mannequins) évoluent lentement, cheveux plaqués, maquillages clairs et laiteux, toutes revêtues du même maillot une pièce blanc. Il y a dans la photo, du Helmut Newton (l’ambiguïté des corps, les poses), mais aussi ce flou, ce brouillard cher à Hamilton. Et là, contrairement au Small-town boy de Bronski Beat, le clip est efficace parce que paradoxal : les images n’illustrent pas, mais créent – un contre-point chic et mode, un ballet de corps embrumés qui se mélangent, glissent, un rêve blanc et froid en contraste avec l’expressionnisme du thème lyrique que le clip est censé illustrer.Bronski Beat De Bowie à Mac Laren en passant par Bronski Beat, on ne peut qu’observer la supériorité des productions anglaises sur celles venues des USA. Quand l’artillerie lourde américaine tonne à coups de clichés, de gros effets à la mesure de la musique FM régnante, les Anglais improvisent et imaginent. Boy George et son Culture Club soignent depuis leurs débuts, sans faillir, leurs clips. The warsong, nouvelle chanson fétiche du travesti « le plus médiatisé du monde », est encore une belle réussite. Naïf certes, comme le message, mais mise en scène léchée, beaux éclairages, surimpressions qui échappent à la gratuité habituelle etsurtout un .formidable, final, où l’on voit Boy George entouré d’une multitude de squelettes envahir les rues. Des images chocs qui conduisent inévitablement à l’efficacité et donc au succès de la chanson. C’est grâce à cette absence de vulgarité toute américaine que Dépêche Mode, les chéris du techno-pop anglais, s’imposent encore avec Blasphemousrumours : encore un bel exercice de style et d’effets vidéo, panachage de couleurs, montages lisses et élégants de surimpressions. Contrastes du noir et blanc, de la couleur, et mise en scène astucieuse des instrumentistes du groupe (le marteau qui marque le rythme mécanique sur le bronze). Le tout bien entendu accompagner par un travail sur le look des musiciens, vers les gravures de mode. On est encore une fois loin de la Californie. Et on s’étonnera que tous ces petits Anglais fassent un triomphe sur MTV ! C’est sans doute pour cela que l’on regrettera que Sade, et son jazz cool, soft, n’ait pas eu pour son premier clip, Smoothoperator, un meilleur écrin. Pendant que sur scène sa voix et son corps ondulent souplement, se déroule une histoire d’amour qui semble plaquée arbitrairement. On imagine ce qu’un Jean-Paul Goude aurait pu faire avec un tel ‘spécimen de femme au charme métissé (il était présent au concert donné, il y a quelques mois, par la belle Sade). Puisque nous n’avons cessé dans cette chronique d’opposer vidéoclips anglais et américains, en privilégiant les premiers, peut-être serait-il bon d’expliquer, exemple à l’appui, notre choix. 84 fut, si l’on en croit les critiques spécialisés, mais aussi les ventes aux USA, l’année de Prince, rival «noir» et méchant du gentil et «blanchi» Michael Jackson. Or les Français qui n’ont pas pu encore voir le film qui fit sa gloire, Purplerain, ont dû se contenter d’un clip qui illustre la chanson thème du film. Alors que Michael Jackson avait su aligner les clips géniaux pour chacune de ses chansons, le Prince vend la sienne avec des images qui proviennent manifestement des chutes du long métrage. Autant le film tient le coup dans sa longueur, autant ces quelques bribes d’action sorties de leur contexte sont sans intérêt : Prince sur sa moto pourpre, solitaire près d’une rivière, dans sa baignoire, dans les fumigènes de la scène et, pour clore le tout, ces effets médiocres du final que même les réalisateurs d’un quelconque «Cadence 3» n’oseraient plus faire. Résultat, ce petit Prince qui nous est né, est loin, très loin, de rencontrer en France le succès escompté, et bien sûr à des années-lumière de Peter Pan – Michael Jackson. On pourrait multiplier les exemples de ce manque d’imagination qui semble frapper la production des vidéoclips américains : ainsi du nouveau Pat Benatar, Bonnie Tyler et son trop évident sponsoring par la Régie Renault (Super-cinq), sans parler des horreurs du style IronMaiden, Hall and Oates, etc. Une exception pour NikKershaw et son collage de vieilles images des premières rock stars. Et les Français me direz-vous ? Une mention bien pour La fille aux bas nylons de Julien Clerc. On attend avec impatience le Fantasmes d’Axel Bauer qui ne peut décevoir après le brillantissime Cargo de nuit réalisé par Mondino. Lequel Mondino est tout simplement aux USA pour réaliser son premier clip américain (Don Henley, ex-Eagles). Et on parle même d’une production made in USA pour son premier long métrage, une adaptation de la bande dessinée Rank Xerox de l’Italien Liberatore. Peut-être que là on commence à s’égarer et à s’éloigner singulièrement des vidéoclips. Sauf que l’on voit bien que le clip est plus qu’une finalité mercantile, il est aussi une rampe de lancement vers un ailleurs cinématographique.On a vraiment l’impression d’avoir laissé partir quelqu’un d’essentiel. Peckinpah vient de mourir à 59 ans, dans l’indifférence, complète des gens du «movies business» américain. Hollywood l’avait déjà enterré depuis quelques années. L’oubli après la gloire… parce que, à la sortie de «La horde sauvage» et des «Chiens de paille», on ne jurait que par lui. Peckinpah a influencé d’une manière définitive le western et le thriller policier. Vous prononcez le nom de Peckinpah et on vous parle de violence, de coups de feu et des fameux ralentis sanglants. Pourtant l’œuvre du vieux Sam ne se réduit pas à cela. Il exprime un attachement, farouche et nostalgique, à certaines vieilles valeurs des pionniers de l’Ouest américain. Samuel David Peckinpah était le dernier rebelle, le dernier aventurier, le dernier indompté… On le savait plutôt grossier, pas diplomate pour un dollar, cow-boy et belliqueux, toujours prêt à faire le coup de poing (dans les bordels comme dans les bureaux de producteurs), grand buveur de whisky, grand chasseur et grand séducteur, grand sentimental aussi… On comprend qu’une telle personnalité, une aussi déroutante «grande gueule», généreuse, mais un peu folle, puisse terroriser et dérouter les bureaucrates des grands studios de cinéma. Tant que vos films font un malheur au box-office, tout ce petit monde vous trouve merveilleux. Mais quand votre côte de rentabilité baisse, c’est l’abandon pur et simple. Le destin de Sam Peckinpah ressemble à celui de ses personnages : le major Dundee, le Don Mac Coy du «Guet-apens» (The Getaway) ou Junior Bonner. Tous sont des «loosers» magnifiques, des «perdants» sublimes. Peckinpah confiait à Robert Benayoun, dans la revue Positif : «Ils sont battus d’avance, ce qui est l’un des éléments primordiaux de la vraie tragédie. Ils ont depuis longtemps des accommodements avec la mort et la défaite. Alors il ne leur reste plus rien à. perdre. Ils n’ont aucune façade. Il ne leur reste plus une illusion. Aussi représentent-ils l’aventure désintéressée, celle dont on ne tire aucun profit, sinon la pure satisfaction de vivre encore»… Là est, peut-être, la vraie philosophie du «dinosaure» Peckinpah dans ses films et même dans la vie, d’après ceux qui l’ont accompagné un petit bout de chemin. Peckinpah est très à cheval sur ses origines : de descendance hollando-gallo-irlandaise, il a aussi du sang indien. Son grand-père s’est installé au pied de la montagnePeckinpah, en 1871, et Sam a vécu toute sa jeunesse dans cette région isolée, très marquée par l’histoire de l’Ouest. «On parlait encore, dans mon enfance, des raids de gunfighterscélèbres dans ce coin de Californie, avouait-il à Guy Braucourt dans «Cinéma 69»… J’ai même longtemps habité près d’un camp de mineurs parmi lesquels se trouvaient de nombreux témoins de cet Ouest disparu… J’ai donc été amené très rapidement et tout naturellement à me trouver en contact avec le vieil Ouest et ce qui en survivait. Et c’est dès mon adolescence que j’ai entrepris des recherches personnelles sur cette période de l’histoire du pays. Je rencontrais volontiers d’anciens cow-boys, d’anciens éleveurs ou d’anciennes prostituées qui, devant quelques verres de bière, me racontaient leurs souvenirs». Sam Peckinpah a une grande tendresse pour ces héros que le trop moderne 20e siècle a laissés dans leur nostalgique passé. Les plus exemplaires, sur ce thème, sont Gable Hogue, Billy le Kid et Junior Bonner. Dans «Un nommé CableHogue», en 1970, Sam Peckinpah raconte le destin d’un prospecteur installant un relais dans le désert alors que l’automobile fait son apparition. Hogue, tout entier à sa vengeance contre les deux associés qui l’ont abandonné dans le désert en tentant de survivre en exploitant son relais-point d’eau, est le type même du héros égaré dans un monde dont il n’a pas su comprendre et dominer à temps l’évolution. Pour les CableHogue, il n’y a plus qu’à mourir. Contrairement au très réaliste shérif Pat Garrett, le Billy le Kid du fameux film de Peckinpah («Pat Garrett et Billy le Kid», en 1973) est lui aussi une incongruité dans une nouvelle société industrielle basée sur le profit. Aussi superflu qu’une légende, on le forcera à mourir. Pour Junior Bonner, le champion de rodéo sur le déclin du film que Peckinpah réalisa en 1972, le monde contemporain n’est pas plus tendre. Parce qu’il a choisi l’errance, le non-conformisme et le mépris de l’argent, il est laissé en marge, seul et indompté. Là encore le message de Sam Peckinpah est clair : l’Ouest n’est plus ce qu’il était ! Le «bon vieil Ouest» avec les «bonnes vieilles» valeurs du «bon vieux» western, Peckinpah les illustre… à sa manière dès son second film, «Coups de feu dans la Sierra», en 1962. Deux hommes, au crépuscule de leur vie, redécouvrent l’amitié alors qu’ils n’ont rien en commun. C’est cette ballade nostalgique sur la vieillesse et la mort qui intéresse vraiment Peckinpah, plus que la traditionnelle embuscade finale avec son festival de coups de feu tous azimuts. Par la peinture d’un village minier sous la neige, par la présence des Chinois sur le sol américain, la course de chameaux et mille détails véridiques récoltés auprès des témoins de l’ancien Ouest, Peckinpah évite les conventions du genre. «Coups de feu dans la Sierra», comme «Major Dundee», deux ans plus tard, et la plupart de ses films suivants, parlent surtout de héros en marge… de survivants !«Major Dundee», après le duel final de «Coups de feu dans la Sierra», annonce le goût de Sam Peckinpah pour la violence spectaculaire. Les combats du film, notamment ceux qui opposent la troupe du major Amos Dundee et les soldats français envoyés par Napoléon III en expédition au Mexique, sont d’une violence sanglante qui pouvait évoquer celle de certains westerns-spaghetti de l’époque. Cette même recette de réalisme baroque, de détails insoutenables sublimés par le lyrisme, fera le triomphe de «La horde sauvage». Tourné en 1969, «La horde sauvage» va devenir… la bible, «le cinéma selon Peckinpah». Souvent imité, rarement égalé. Les audaces de «La horde sauvage» ont définitivement imposé un monde de l’Ouest sale, affreux et méchant. Finis les duels chevaleresques au pistolet dans la rue centrale ou les anges gardiens parés d’une étoile de shérif attendant que le train siffle trois fois ! La presse, de part et d’autre de l’Atlantique, cria au génie ou à la folie furieuse. Tout ce que les westerns «nobles» escamotaient était étalé avec insistance. Dans «La horde sauvage», que Sam Peckinpah réalisé en 1969, les chairs éclatent sous l’impact des balles de gros calibres et le sang jaillit à foison. Les gorges sont tranchées à vif et en gros plans avec des flots d’hémoglobine… Tout cela filmé avec d’insistants ralentis va devenir la marque de fabrique de Sam Peckinpah et influencera pendant toute la décennie une grande partie du cinéma américain et même européen. Suivra, en 1971, «Les chiens de paille» où Dustin Hoffman, Américain tranquille, fuit la violence quotidienne américaine et doit lutter avec piège à loup et huile bouillante contre l’agression d’un groupe de jeunes gens d’un paisible village de Cornouailles. Puis viendra en 1972 «Le guet-apens» où Steve McQueen et sa compagne se défendent à coups de fusil à pompe contre police et truands qui les poursuivent. Puis il y aura aussi, en 1974, «Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia» où Warren Gates allait jusqu’au bout de sa vengeance avec une furieuse exaltation. Puis Peckinpah tournera encore, en 1975, «Tueur d’élite» où Robert Duvall faisait sauter à la carabine les articulations des genoux et du coude de James Caan. Puis ce sera enfin la chasse à l’homme d’«Osterman week-end», en 1983. Peckinpah, dans un entretien au «New York Times», expliquait son choix : «La violence est enfouie en chacun de nous. C’est l’instinct de survie. Niez cette évidence, vous êtes foutu. La violence, je la revendique, je la crois positive et vitale. La seule question est : comment la canaliser en vue d’un usage meilleur pour l’homme ? Parce que l’homme n’est, en fin de compte, qu’un animal de plus, affamé et plein de haine. Il y a dans ce monde un peu d’amour, un peu de beauté et beaucoup de barbarie». Cette barbarie du monde, Sam Peckinpah la dénonce avec beaucoup de sensibilité en 1976 dans «Croix de fer», son premier et unique «vrai» film de guerre. Il y montre l’absurdité et la brutalité des combats sur le front russe, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la débâcle allemande. Il fallait s’y attendre : sa guerre, ni grandiose ni héroïque, est sale, sanglante et sauvage. Peckinpah montre le spectacle de la mort sous les balles ou les bombes dans ces fameux ralentis devenus une constante dans l’œuvre du cinéaste. Bien autre chose qu’une simple coquetterie de style, voire même une complaisance, le ralenti, pour Sam Peckinpah, a plusieurs fonctions essentielles : «Il rend compte de la dilatation du temps quand tout à coup tout explose. Il permet la vision de la douleur et des corps meurtris et disloqués. Il plonge le spectateur dans la violence et l’amertume à participer pour qu’il se rende compte jusqu’où lui-même pourrait aller si, sorti de son fauteuil de cinéma, il était placé dans les mêmes circonstances. Il montre aussi qu’il y. a toujours dans la guerre, la violence et l’horreur, unmoment d’une étrange beauté à laquelle on est sensible par exemple les peintures de bataille. Et, en même temps. il dénonce la fascination de chaque être devant la violence en allant un pas plus loin pour révéler sur quoi peut déboucher cette fascination». Voilà peut-être un nouveau tiroir secret de la personnalité et de l’œuvre du sieur Peckinpah. Sam le chasseur. Sam le soldat qui fit la guerre dans les marines, Sam le bagarreur, Sam I’«homme de l’Ouest», Sam le militant -du «struggle for life» (combat pour la survie) déteste la violence. Mais il refuse de l’ignorer. Il la décortique, l’exploite et la met en spectacle pour mieux comprendre (et exploiter) le phénomène de fascination/répulsion qu’elle exerce. Le paradoxe est sublime f Mais on le comprend mieux à la vision d’une comédie «routière» comme « Le convoi » que Peckinpah réalisa en 1978. L’action n’est là que pour divertir. Les camionneurs y sont sympas et sont poursuivis par des flics bornés. Et, là aussi, on ouvre un autre tiroir secret de Peckinpah et son œuvre : l’allergie flagrante à toute forme d’autorité abusive qui entraverait sa liberté. Individualiste forcené, Peckinpah refusa d’abdiquer sa propre volonté. Quand on est rebelle on le reste. Quitte à faire peur à Hollywood !

Clips en stock

Que les vidéoclips soient là pour rester, qui pourrait encore en douter ? Mais que leur forme, leur longueur évoluent, on en a déjà des preuves. Comme toujours, un des précurseurs est David Bowie et son Jazzin’ for Blue jean, ce court métrage qui entoure cinématographiquement une chanson et permet à la star de jouer aussi la comédie. Cette tendance va s’accentuer en 85. Déjà sont en projet une version longue et différente du Relax des grands vainqueurs de 84, Frankie goes to Hollywood. et que réalisera Brian de Palma. De la même façon d’autres cinéastes confirmés prennent goût à la chose : après Sam Peckinpah (quelques mois avant sa mort) qui tourna deux clips pour le fils du grand Lennon, Julian, c’est au tour de William Friedkin qui avait déjà clippé Self control de récidiver avec la même Laura Branigan dans To live and die in L.A. Ainsi donc le clip gagne ses lettres de noblesse et dépasse son seul «rôle» de soutien publicitaire. Un art mineur qui produit aussi presque anonymement quelques petites merveilles dont le Small-town boy des Bronski Beat est un remarquable exemple. Cette histoire d’un jeune homosexuel obligé de quitter son milieu familial, sa ville, a des accents, une atmosphère à la Kenneth Loach. Ce train de banlieue, ces cottages tristes, le breakfast à la grimace après que les parents apprennent la nouvelle : on retrouve cet intimisme juste d’un certain cinéma anglais. Pas de mots, des regards lourds de sens, des flashbacks et ce rythme musical électronique sur lequel la sublime voix de castrat de Jimi semble planer, aérienne. Quand ce clip fut diffusé pour la première fois en France, le groupe était encore inconnu. Son pouvoir émotionnel, rare dans le monde du vidéoclip, a tout de suite fonctionné à la perfection. Ce train qui part vers un ailleurs laissant une mère en larmes et un père, brave prolo, groggy, restera comme un must de l’année 84. Depuis, le groupe occupe la première place des hitparades, et son chanteur rasé, «un James Cagney dont on aurait coupé les jambes» selon la formule d’un chroniqueur d’un journal du matin, est devenu une star.

Fin du monopole en Allemagne

AllemagneChez nos voisins d’outre-Rhin, en République fédérale allemande, le monopole de l’Etat concernant la télévision vient de mourir. Une chaîne privée, SAT 1 (fondée par de grands groupes de presse comme Springer, Bauer, APF…) émet depuis le 1 er janvier 85, dans 16 villes d’Allemagne de l’Ouest. Un droit d’accès de 35 francs est demandé, afin de pouvoir être abonné au réseau câblé. Douze heures de programmes quotidiens, avec une majorité de films, des informations… Une chaîne qui se veut avant tout «distractive». Bien évidemment, tout n’a pas été sans problème : les Sociaux-démocrates étaient fortement opposés à ce projet, alors que la coalition au pouvoir, Libéraux et Chrétiens Démocrates, étaient pour. Cependant, du fait de la structure fédérale existant en RFA, les régions gouvernées par le SPD n’auront pas le droit de recevoir cette chaîne. Jusqu’à la prochaine élection, bien sûr. D’autant que SAT 1 est diffusé par satellite jusqu’au centre serveur qui renvoie les images vers le câble. Chaque partenaire se partagera le temps d’antenne, en étant totalement libre de le gérer comme il l’entend, y compris pour les messages publicitaires, qui sont_ très importants, puisque les éditeurs auront la possibilité de basculer les budgets de leurs journaux vers leurs heures d’antenne. Cela n’arrange pas les affaires des chaînes nationales, qui en avaient jusqu’ici le monopôle. Il est clair que cette position vise à contrecarrer en partie les projets du groupe Bertelsmann qui vient de prendre un accord avec RTL, afin d’avoir un accès au satellite TDF 1. Une affaire à suivre de très près.

450 chaînes émettent en Italie

italieEn 1984, il existait en Italie environ 450 chaînes de télévision privées. C’est le résultat d’un vide juridique vieux de huit années, et non encore comblé, dans lequel se sont immédiatement engouffrés nombre d’hommes d’affaires, attirés par ce nouveau marché, qui pouvait rapporter beaucoup d’argent. Si dans les faits, «la reconnaissance du droit d’émettre sur les ondes à l’échelon local», donc la fin du monopôle d’Etat, remonte à 1976, c’est depuis 1972 que le problème s’est posé. Cette année-là, le gouvernement italien prenait position pour le maintien du monopôle d’État, suite à des tentatives de télévisions libres, qui furent saisies. Or, la cour constitutionnelle, appelée à la rescousse par Télé Biella, l’une des télévisions libres visées, trancha pour ces télévisions, contre le gouvernement, en affirmant «que la télévision par câble étant assimilable au téléphone, elle ne peut être interdite à l’intérieur des municipalités». Quatre ans plus tard, cette décision était entérinée par le Parlement italien. Immédiatement, bien sûr, le visage de l’audiovisuel jusque là dominé par les grands réseaux publics, les trois chaînes de la Rai et trois stations étrangères, A2, TMC et Capodistria, changea complètement. Ces secteurs se virent fortement concurrencés par la naissance de très nombreuses chaînes privées. Les programmes : des séries B et des films, la plupart du temps étrangers. Premier résultat pratique, les salles de cinéma qui enregistraient, en 1976, 550 millions d’entrées tombèrent à 195 millions en 1983. L’industrie du cinéma italien, jusque là prospère et variée, en est morte. De plus, des groupes de pression importants, qu’ils soient politiques, économiques ou religieux s’y installèrent largement, n’hésitant pas à braver la loi, qui n’autorise que la diffusion locale, en instaurant des réseaux nationaux, via des relais hertziens. Grâce à cela, de véritables empires ont pu se constituer en toute impunité, le plus important étant, bien entendu, celui de Sylvio Berlusconi, un industriel du bâtiment qui détient les chaînes les plus regardées de la péninsule italienne : Canal 5, Retequattro et Italia 1. Entre son réseau et la Rai, c’est la guerre des ondes. En novembre 1983, Canal 5 comptait une moyenne de 8 109 000 téléspectateurs, contre 7 332 000 pour la Rai 1, la chaîne la plus regardée du secteur public. Et Italia 1, 4 012 000 téléspectateurs ! Grâce à ce nombre de téléspectateurs. Sylvio Berlusconi pouvait triompher : alors que la Rai affichait une perte de ’240 millions de lires. Canal 5 seule réalisait un bénéfice net de 5 millions de lires. Bénéfices réalisés, bien sûr, grâce à la publicité. Canal 5 et ‘talla 1 avaient ainsi réalisé en 1983, un chiffre d’affaires de 480 millions de recette publicitaire. Mais, égaiements, grâce à la concurrence acharnée que se livrent les chaînes privées entre elles.

Combien coûte une télévision privée ?

Le Bipe, Bureau d’informations et de prévisions économiques, s’est livré à une enquête très intéressante, à savoir le prix de revient d’une télévision privée hertzienne, en tenant compte de l’investissement matériel et des programmes. Avant de pouvoir émettre, il est bien évidemment indispensable de disposer du matériel nécessaire. Première nécessité, définir la zone de couverture, le point d’émission, en tenant compte du relief géographique. Plusieurs hypothèses ont été retenues par le Bipe, le devis le moins élevé se situant à moins de 50 000 francs. Cependant, il est sans doute beaucoup glus raisonnable de tenir compte des autres prévisions qui, elles, sont nettement glus chères : 270 000 francs, 670 000 francs et 1,4 million de francs. Ensuite, il faut tenir compte de l’équipement vidéo, d’un coût élevé, puisque que la somme minimum est I estimée à 500 000 francs. Les autres estimations se situant dans une fourchette évoluant entre 1 et 10 millions de francs.

Beaucoup plus difficile d’évaluer, en revanche, les prix des programmes. Ainsi, au cours des premières tentatives d’émission des télévisions pirates, certains programmes ont coûté environ 5 000 francs l’heure. Néanmoins, ces prix ne tiennent évidemment pas compte des charges que devraient supporter annuellement une télévision privée. Toujours pour le Bipe, en tenant compte d’un volume d’émission de six heures par jour, le coût de revient minimum serait de 3,6 millions de francs par mois, soit à peu près le même coût que l’investissement en matériel d’une petite station. Il est nécessaire toutefois de prendre connaissance du coût moyen des programmes régionaux de FR3 qui, annuellement, toujours sur une base de six heures, reviennent à 324 millions de francs.

ecologieIl était une fois les écologistes…

A l’heure où les télévisions privées hertziennes apparaissent comme une possibilité en France, il était intéressant de faire un bref récapitulatif comptable et sociologique des premières expériences de télévisons libres ayant eu lieu dans notre pays.

Dans un premier temps, les télévisions libres sont nées, au même titre que les radios, de la volonté de groupements politiques, principalement les écologistes, et de nombreux «activistes» et de techniciens. Dans un second temps, des groupes politiques, par l’intermédiaire de municipalités (François Léotard à Fréjus…), des journalistes et des personnalités diverses (Daniel Grandclément, André Bercoff, Jean-Louis Bessis…) et des groupes de presse (Robert Hersant à Lyon…). Il est également certain que de très nombreuses municipalités, en majorité d’opposition, ont des projets : notamment Nice, Chamalières, Nantes. Sans oublier les groupes de presse, les radios périphériques et locales, les agences de publicité, les groupements de cinéma. Ce média, à l’image des radios locales, entraîne décidément bien des convoitises. Mais toutes n’ont pas forcément le même, but : si certains y trouvent ainsi un moyen de pression fantastique, d’autres, plus prosaïquement, veulent le traiter en véritable média, fait par des professionnels, afin d’avoir le maximum d’audience, et donc, le maximum de bénéfices publicitaires.

Le câble est roi aux États-Unis

Etats-UnisPierre Salinger est actuellement .directeur du bureau parisien de la chaîne américaine ABC. Pour les lecteurs de OGH, il dresse un bilan de la situation générale dans laquelle se trouvent les télévisions aux États-Unis. «Depuis les années 50, et jusqu’à il y a environ 6 ans, trois chaînes étaient en situation de quasi monopôle sur l’ensemble du territoire : ABC, CBS et NBC. A elles trois, elles représentaient environ 90 % dé l’audience de la télévision aux États-Unis». Chaînes privées, elles se livrent entre elles une redoutable concurrence, tant dans le domaine de l’information que des distractions, afin de récolter les budgets publicitaires les plus importants, source principale des revenus. «Aujourd’hui, ces télévisions, continue Pierre Salinger, ont vu leur audience baisser, pour se stabiliser à environ 65 %» Plusieurs explications à cette situation. La première concerne la réussite du câblage aux États-Unis. Après quelques années de tâtonnements, les programmes ont réussi à se positionner, et donc à trouver une audience. La seconde c’est la percée de la chaîne PVS, télévision publique lancée dans les années 1960, financée par le gouvernement et des entreprises privées, mais fonctionnant sans diffuser de spots publicitaires, situation rarissime aux États-Unis. PVS représente 5 % de l’audience. Et son mode de fonctionnement est intéressant : les 200 stations ont la charge de fabriquer leurs programmes, en toute liberté. Ainsi, établissent-elles relativement souvent des coproductions avec des télévisions étrangères. Par exemple, avec FR3, la station de San Francisco a-t-elle enregistré une série sur la nourriture en France, une autre sur la guerre du Viêt-Nam. Autre percée, le câble. Actuellement, les grandes villes sont câblées, permettant ainsi aux téléspectateurs de recevoir, moyennant un abonnement modique, une multitude de programmes. Dans une ville comme New York, par exemple, un abonné peut recevoir 25 programmes différents. Ces chaînes ont trouvé leurs spécificités : certaines ne proposent que des programmes sportifs, d’autres uniquement des films. Et les grands groupes s’y sont intéressés, puisque Warner et Disney possèdent leurs propres réseaux. Sans oublier les grandes chaînes nationales qui ont pris des participations dans ce secteur : «ABC, indique Pierre Salinger, possède 85 % de ISPN, qui est une chaîne 100 % sportive, tandis que nous avons pris des accords avec CNN, qui est la plus grande réussite en matière de câble, afin de lui fournir des programmes d’information». Et ces chaînes ne font pas qu’émettre, puisque fortes de leurs ressources financières, tirées de la publicité, elles se mettent à produire à leur tour. Ainsi HBO, une station new-yorkaise produisait deux films par an, elle est passée à 40 en 1984. En contrepartie, les pay TV, sur lesquelles a été copié Canal Plus, doivent faire face aujourd’hui à des difficultés. En effet, le téléspectateur trouve beaucoup, plus intéressant de s’abonner au câble, disposant de multiples programmes, plutôt qu’à une seule chaîne. La presse écrite a subi une érosion, due à la multiplicité des chaînes : «Lorsque j’ai débuté ma carrière de journaliste, continue Pierre Salinger, chaque grande ville possédait en moyenne quatre quotidiens du matin, et un ou deux quotidiens du soir. Aujourd’hui, les quotidiens du soir ont en majorité disparu, tandis que ceux du matin ont vu leur nombre se réduire. Les grands hebdomadaires ont également disparu, au profit de journaux spécialisés, dans tous les domaines possibles : cinéma, variétés, sports, vidéo…». Face à ces proliférations de télévisions, ABC, NBC et CBS ont réagi en améliorant encore le domaine dans lequel elles sont les plus fortes à savoir l’information. Les grandes chaînes américaines sont en train de développer leurs systèmes d’accords de coproductions et de fournitures de programmes avec les chaînes étrangères, notamment en Italie, avec le groupe Berlusconi, en Allemagne… Sachez enfin que le prix de revient par épisode d’un feuilleton comme « Dynastie » est de 900 000 dollars, contre 250 000 par épisode pour «Chateauvallon», la nouvelle saga d’A2. Mais la différence réside dans le fait que la série américaine est déjà rentabilisée avant de quitter le territoire des États-Unis, ce qui permet de vendre l’épisode 30 000 dollars. Faites le calcul vous-mêmes.