Quelques projets

Avant même que la décision finale ne soit connue, des projets ont pris corps, bien entendu. Mais, entre émettre quelques heures, avec des programmes plus ou moins improvisés, et alimenter une chaîne chaque jour, il y a un gouffre. Jean-Louis Bessis, qui se déclare dès à présent candidat à une chaîne privée sur Paris voit ainsi les débuts de ce que pourrait être la future Canal 5 : «Nous avons décidé de cibler parfaitement notre auditoire potentiel : il se situerait entre 15 et 35 ans, donc très vaste, avec des programmes musicaux relayés en FM par une radio locale parisienne. Mais, avant tout, j’insiste sur le fait qu’un cahier des charges très précis doit être imposé, afin d’éviter tout débordement : ainsi, par exemple, respecter le service public, en être complémentaire (notamment dans le secteur de l’information), pas de films, afin de protéger le cinéma. Et aider au maximum la création française. Il est bien sur impératif d’autoriser la publicité sur notre antenne, afin, justement, de permettre les achats de programmes. Dans un premier temps, il est clair que nous diffuserions un maximum de programmes musicaux (50 ou 60 % de notre antenne), grâce à des clips vidéo, en majorité français, et par des Scopitones. Ensuite, évidemment, des plateaux en direct, avec des invités. Dans un second temps, grâce à nos recettes, nous nous lancerions dans l’achat de programmes». Autre projet, celui de Pierre Bellanger, directeur de la, radio locale La Voix du lézard. Son nom Aquarius. A la suite d’une étude de marché, il en a déduit qu’un projet, pour être rentable à moyen terme, se devait de proposer des programmes sportifs, super populaires, ou d’être une sorte de radio périphérique en image. C’est ce dernier qui a d’ailleurs retenu son attention. Comme il l’expliquait récemment dans une interview au Matin : «Aquarius sera le pendant visuel de notre station FM». Cela donnera des films, des clips. Une télévision d’un faible coût de revient. Il vient de fonder une Sarl afin de disposer des trois millions nécessaires au lancement de sa télévision, et compte évidemment beaucoup sur les transferts publicitaires de sa radio vers la chaîne de télévision pour l’alimenter. Quant au problème de la retransmission, il est au contact actuellement avec TDF afin que celle-ci se charge de la diffusion de la Voix du lézard, et éventuellement d’Aquarius. Et puis, bien sûr, les groupes multimédias ont également leurs projets, s’apprêtant à relayer les expériences des premières télévisions pirates. Dans le même temps, on apprenait que Télé Monte-Carlo, la chaîne de périphérique du midi de la France, qui émet désormais jusqu’à Marseille, allait tenter d’ouvrir ses antennes à des produits, qui, jusqu’à présent, n’apparaissaient pas sur ses écrans : la distribution, le tourisme, la parfumerie. Cependant, il ne faut pas oublier que la Sofirad (donc l’Etat français) contrôle cette chaîne. Et que les trois chaînes françaises ne sont pas «ravies» de cette ouverture. Mais, lorsque l’on voit les comptes d’exploitation de TMC, déficitaires de 18,6 millions, il est logique qu’elle tente d’augmenter ses recettes publicitaires, afin d’équilibrer son budget.

Le plan câble

câblesLancé en novembre 1982, le plan câble prévoyait l’équipement de 1,4 million de foyers dès 1985: or, jusqu’à présent, c’est seulement 162.000 prises qui ont été commandées, soit la moitié de ce qui était initialement prévu pour 1984. De plus, les 147 municipalités qui sont candidates au plan de câblage commencent à se poser des questions. Il apparaît que bien des points noirs avaient été occultés lors de la mise en place de ce plan : le coût financier avait été sous-estimé, puisque chaque prise revient à environ 15.000 francs soit trois fois plus que la première estimation. Et cela, pour une raison simple, les industriels ne pouvant offrir les prix calculés sur une fabrication supérieure à celle existant actuellement. De plus, le système adopté par le gouvernement, la fibre optique, n’a pas, loin de là, fait toutes ses preuves. Autre problème, qui va assurer son financement ? C’est en théorie le ministère des PTT, avec une prise en charge des municipalités ayant fait actes de candidatures, qui devraient avancer plus du tiers de la somme à la direction générale des télécommunications, afin de pouvoir bénéficier de l’installation du réseau. En outre, l’investissement de l’Etat semblerait avoir été également largement sous-estimé ; il a ainsi bénéficié en 1984 d’une somme de 2 milliards, somme qui devait être reconduite en 1985, et est menacée de restriction budgétaire. Qui va exploiter le câble ? Logiquement, ce sont des Slec, sociétés locales d’exploitation du câble, qui devraient passer un contrat de location et de gestion avec les PTT, mais rien n’est en réalité moins clair. En effet, le tarif d’abonnement, afin d’attirer une clientèle potentielle, ne devra pas excéder 150 francs, ce qui n’assure pas une somme de revenus très importante, et laisse présager bien des problèmes concernant la répartition des sommes nécessaires à la gestion, et à l’entretien des réseaux. En outre, les programmes sont également loin d’être développés : on ne connaît pour le moment que les deux mille heures mises au point par la mission câble. Ce qui fait tout de même très peu. Même si quelques sociétés, comme Télé Hachette, Pathé Cinéma… viennent de décider de se lancer dans l’investissement de programmes, la majorité des municipalités et des sociétés de productions audiovisuelles se font très discrètes dans ce domaine.

Le satellite TDF 1

Laurent Fabius, Premier ministre, a confirmé, à la fin du mois de décembre, le lancement du satellite TDF 1, qui aura lieu le 7 juillet 1986. Quatre programmes de télévision devraient ainsi pouvoir être diffusés sûr l’Europe occidentale, tandis que TDF 2 sera lancée en 1988. Cette dernière aura les mêmes caractéristiques techniques que TDF 1 et sera donc sa continuation logique. Son coût : d’ores et déjà plus de 110 millions de francs. C’est Jacques Pomonti, président de l’Ina, qui a été chargé du lancement de la société de commercialisation du satellite, ainsi que de la mise en route du plan de financement. Deux canaux devraient être exploités par la CLT, Compagnie luxembourgeoise de télévision, tandis qu’un canal devrait être occupé par des programmes fournis par le service public. C’est Pierre Desgraupes, ancien PDG d’A2, qui a la responsabilité de la programmation. Il est bien évident que le succès ou l’échec de TDF 1 ne dépend, en fait, que des programmes qui seront proposés : ainsi, si la CLT a pris des engagements concernant deux canaux, elle se sentirait sans doute plus attirée par des fréquences locales, si les télévisions privées hertziennes étaient autorisées. En effet, il faut savoir que pour la réception de ces chaînes, le téléspectateur devra tout de même faire un investissement minimum de 4.000 francs. Alors qu’il n’en aurait aucun à consentir pour la réception de programmes locaux. De plus, il ne faut pas oublier que la publicité a été réservée aux deux canaux de la CLT, d’où la nécessité impérieuse de trouver des partenaires financiers pour le canal français.

TV : liberté plus

tvLa rumeur

Le mercredi 26 décembre, une dépêche de l’agence France Presse tombait sur tous les téléscripteurs, annonçant qu’une réunion s’était tenue le vendredi 21 décembre à l’Elysée. Sous la présidence du chef de l’État, elle comprenait Laurent Fabius, Georges Fillioud, secrétaire d’État à la Communication, et le PDG de l’agence Havas et de Canal Plus, André Rousselet. Objet de la rencontre : discuter du dossier brûlant des télévisions privées ‘hertziennes, par rapport au plan câble, au satellite, à Canal Plus, et échanger des points de vue. Or, depuis quelques semaines, des rumeurs, non démenties, affirmaient que le • Président de la République n’était nullement opposé aux télévisions privées, et «qu’il y en aurait même avant 1986».

La position du gouvernement

Avant toute chose, et afin de bien comprendre le débat, il est nécessaire de connaitre quels ont été les choix du gouvernement en matière d’audiovisuel : en juillet 1982, il avait été décidé de mettre en avant le plan câble, le lancement du satellite TDF I et une nouvelle chaîne, Canal Plus. Or, il apparaît que le câble et le satellite ont pris du retard, et coûtent finalement beaucoup plus cher que prévu (voir encadré). Canal Plus, après une campagne de lancement extraordinaire, doit faire face à de nombreuses difficultés, notamment avec les décodeurs. De plus, peut-on réellement parler de succès, alors que cette «pay TV», copiée sur le modèle américain, ne se situait pas en état de concurrence. On s’abonnait peut-être à Canal Plus faute de pouvoir recevoir autre chose.

La situation politique

Jusqu’à un passé récent, on savait que le gouvernement, lorsqu’il était dirigé par Pierre Mauroy, était totalement hostile à l’idée même des télévisions privées. Toutes les tentatives (voir encadré), et elles furent relativement nombreuses depuis 1981, se virent stoppées par l’intervention de la police, et l’inculpation des protagonistes. Premier accroc, l’avocat Jean-Louis Bessis et le journaliste André Bercoff lancèrent en juin dernier Canal 5. Jean-Louis Bes-sis, qui fut l’avocat de nombreuses radios libres, et membre des commissions Holleau et. Gallabert, était inculpé. Mais le juge d’ instruction chargé de son dossier ordonna un non-lieu. En appel, il fut certes de nouveau inculpé. Mais entre temps, d’autres tentatives eurent lieu, à Paris, TVL, avec Daniel Granclément et Renaud Delourme, deux anciens journalistes de TF1 ; et à Lyon, Canal Rhône Alpes (proche du groupe de Robert Hersant) et Canal I. Parmi les membres du gouvernement, ou des proches du pouvoir, hostiles aux télévisions privées, on note en premier lieu, bien sûr, le nom de Georges Fillioud, puis Louis Mexandeau (avec une position nettement moins tranchée, alternant les «non» et les «oui, mais»), ministre des Télécommunications, Jack Lang, ministre de la Culture (qui fut également hostile à Canal Plus), et André Rousselet, PDG de Havas et Canal Plus.

Les raisons

Les tenants du «non» avancent des arguments frappants : tout d’abord, ils citent l’exemple italien (voir encadré), annonçant la mainmise d’un seul groupe sur la majorité des télévisions privées, et la mort de l’industrie cinématographique. Ensuite, l’encombrement du réseau hertzien, partagé il est vrai entre la télévision, l’armée, les PU, les radios…), la concurrence commerciale qui priverait certaines régions, jugées non rentables, de bonne réception, et notamment des programmes du service public, l’invasion des produits étrangers, la mort du plan câble, de la presse régionale, Canal Plus qui serait obligé de passer en clair sous peine de mourir… Une situation totalement catastrophique.

Les «oui»

Parmi les tenants d’une certaine libéralisation des télévisions, on trouve tout d’abord Jacques Attali, conseiller fort écouté de François Mitterrand, et de nombreux proches du chef de l’Etat. Notamment Jacques Séguéla, lequel ne se cache d’ailleurs pas d’avoir un projet de télévision privée ! Mais on en trouve également. et c’est plus nouveau, dans l’entourage du Premier ministre, Laurent Fabius. Lequel était fermement opposé à ces nouvelles télévisions voici encore quelques mois ! On ne serait pas hostile autour de lui à cette nouvelle liberté. Il ne faut pas non plus oublier que 1986 sera une année politiquement importante pour le pouvoir actuel. Alors, face à une opposition qui ne cesse de se battre sur le thème des libertés menacées, et qui a déjà nettement pris position pour les télévisions privées (oubliant en cela qu’elle avait interdit les radios locales), il est sans doute plus que temps d’agir. Ainsi, le pouvoir de gauche apparaitrait comme celui qui aurait su négocier le virage vers l’avenir en libéralisant l’audiovisuel.

Le choix

Les positions sont définies, certes, mais la décision finale n’est pas encore connue. Et il ne faut pas oublier que, comme pour la publicité sur les radios locales, cette politique se décidera au sommet de la pyramide, à l’Elysée même . C’est sans doute l’une des raisons de toutes les rumeurs existantes actuellement. Ce qui est certain, c’est que cette décision sera mûrement réfléchie, et qu’une libéralisation ne pourrait se faire sans prendre de précautions (que ne dénient d’ailleurs pas des gens comme Jean-Louis Bessis ou Renaud Delourme). Mettant en jeu des moyens financiers et politiques importants, il est évident que le pouvoir ne souhaite absolument pas les voir tomber sous la main d’un seul groupe, qui aurait, de plus, de nombreuses chances de lui être hostile. Et puis, on parle beaucoup du pouvoir de l’argent. Avec toujours le spectre des puissances importantes qui auraient la mainmise sur les télévisions, ne mettant à profit celles-ci que pour réaliser de nouveaux bénéfices. Alors, on évoque déjà la possibilité de donner l’autorisation à quelques villes de France d’émettre sur les ondes hertziennes ; chaînes qui basculeraient sur le réseau câblé, quand il sera opérationnel. Cependant, il ne faut pas oublier que les télévisions privées qui auraient le plus de chance de trouver une audience potentielle, seraient, à l’instar des radios locales, celles qui disposeraient de moyens financiers importants (voir encadré), afin de proposer des programmes engageants. En effet, si le coût d’installation est relativement mince, il n’en est pas de même pour la fourniture de programmes. Et là, il est évident que l’on ne trouve pas beaucoup d’entreprises qui auront la possibilité de perdre de l’argent pendant deux ans, voire trois ans, avant d’en gagner. Ainsi, sur la ville de Paris, Jacques Chirac a déposé une demande de trois canaux hertziens : parmi les noms des éventuels fournisseurs de programmes, on trouve Libération, Europe 1… La station de la rue François 1er a d’ailleurs d’ores et déjà dépensé la modique somme de 30 millions de francs pour faire équiper ses studios en matériel, et fournit des programmes à Canal Plus, lui permettant ainsi de faire ses premières armes. Le cinéma s’intéresse également de près à ce secteur : UGC, qui prend actuellement pied dans la FM, a un projet déjà très évolué. Des groupes de presse, Hersant, Hachette. On évoque aussi la possibilité d’une sorte de kiosque à télévision, réunissant sur la même fréquence un certain nombre de télévisions parfaitement ciblées.

Le financement

Fournir des programmes, surtout si l’on veut qu’ils soient de qualité, cela coûte fort cher ! Il est donc à peu près certain que, pour vivre, ces télévisions devraient fonctionner en réseaux, et ce, dans le but d’amortir tant les programmes propres, que des achats. De plus, le personnel devra également être correctement payé. Ces réseaux, bien sûr, émettraient en faisant de nombreux décrochages locaux, se transformant ainsi en véritables chaînes locales compétitives. Pour cela il est donc nécessaire qu’elles aient accès à la publicité. On objecte justement, face à ce nouveau média, comme on l’avait fait pour les radios locales, qu’il va prendre une partie des budgets destinés à la presse régionale. Vrai ou faux. On s’aperçoit, en effet, en consultant les chiffres, que les investissements publicitaires dans notre pays sont relativement modestes. FR3, par exemple, diffuse des messages publicitaires sur ses écrans, tant pour les programmes régionaux que nationaux. Et les spots régionaux sont, dans une très grande majorité, monopolisés par des industries nationales. Les quelques sociétés régionales qui s’y sont intéressées ne faisant d’ailleurs que fort peu de publicité dans la PQR. Elle ne s’est donc pas sentie menacée par ce phénomène, pas plus d’ailleurs que par les radios locales. N’oublions pas qu’elles ont d’ailleurs pris position dans ce secteur, en achetant quelques stations. Et qu’elles feront sans doute de même avec des chaînes locales. La leçon qu’il faut en tirer est la suivante : les journaux ont su faire basculer les budgets qu’ils perdaient dans la presse écrite au bénéfice de leurs stations de radio. Il en serait de même pour la télévision. D’autre part, s’il n’est pas obligatoirement intéressant pour un industriel de faire une publicité à l’échelon national, la multiplicité des médias régionaux, locaux, pourrait sans doute inverser cette tendance. On peut imaginer des campagnes couplées radio locale / télévision locale / presse régionale. Une fois de plus, il n’est évidemment pas question de laisser faire n’importe quoi. Des règles devraient être édictées instituant des interdictions, à l’image de ce qui se fait sur les chaînes nationales, ou Canar Plus. Et l’argent ainsi gagné permettrait de produire ou d’acheter des programmes de qualité, amenant eux-mêmes un maximum d’audience, donc plus de recettes. Car, expliquer que ces télévisions ne diffuseraient que des programmes médiocres est faux : si dans un premier temps, on notera sans doute quelques difficultés, regardons l’exemple italien. Afin de conserver leur audience, donc leur publicité, les chaînes de l’industriel Berlusconi ont été forcées d’améliorer la qualité ! La multiplicité des moyens de communication, de diffusion, ne peut qu’être favorable à une industrie des programmes, qui trouverait là de nouveaux débouchés. Et protégeons également le cinéma : en interdisant, par exemple, de diffuser certains soirs des films sur les écrans, ou en obligeant les télévisions à reverser une partie de leurs revenus à l’industrie cinématographique.

Horizons lointains

Horizons lointainsL’aventure est vraie, l’histoire d’amour peut-être un peu moins mais… En 1807, l’Amérique vient de racheter la Louisiane à la France et le Président des États-Unis, Jefferson, envoie une expédition de soldats volontaires dans cette région encore inexplorée et peuplée d’Indiens amicaux ou… sauvagement agressifs. Le but est de rejoindre le Pacifique et, ainsi, de conquérir une nouvelle frontière en s’offrant une mini-reconquête de l’Ouest. De l’époque historique, il reste surtout un bon vieux western et un tout aussi bon vieux mélo sentimental. Deux hommes, deux gradés sous uniformes, sont copains comme deux frères, mais une femme les sépare. Charlton Heston (mais qui résisterait à son sourire crispé et à son haleine fraiche ?) séduit la fiancée de son ami et néanmoins chef, Fred Mac Murray. Mac Murray, en bon gentleman, s’efface devant son rival. Et tous ces petits «mâles» partent pour leur expédition.En chemin, le bel Heston (qui résisterait à son…) rencontre une jeune Indienne avec qui il joue un jeu dangereux. Il «allume» la pauvre squaw. Il la désire mais Mac Murray lui rappelle qu’il s’est engagé ailleurs. Ah la fureur du désir ! Il est amusant de voir que Charlton le magnifique accepte de délaisser ses «héros positifs et nobles» pour un personnage qui n’a pas assez de volonté pour résister à ses pulsions et aux sollicitations des autres. Rudolph Mate, cinéaste de série B qui a touché un peu à tous les genres, joue avec franchise les conventions du western et n’a pas peur des bons vieux sentiments. Il vous mijote, avec un grand savoir-faire, ses scènes d’action. Et, surtout, il n’oublie pas qu’il a été, avant de passer à la réalisation, un grand chef opérateur. Sa photo, magnifiée par le procédé de la «Vista vision», est superbe. Le spectacle des contrées sauvages et des paysages grandioses, ça compte aussi ! Et vive la nostalgie hollywoodienne !

L’homme de l’ouest

L'homme de l'ouestLe grand Gary Cooper a terminé sa carrière dans l’univers ensoleillé du vieil Ouest. Trois ans avant sa mort, il fut ce légendaire «Man of the West» sous la direction d’Anthony Mann, spécialiste d’un genre qu’il a cultivé avec ampleur et générosité, de «Winchester 73» à «L’appât», de «La charge des tuniques bleues» à «L’homme de la plaine». Il y est confronté à un acteur étonnant, qui joua très souvent les rôles secondaires avec un relief inattendu : Lee J. Cobb. Au début du film, Gary Cooper est un hors-la-loi repenti qui voyage paisiblement en Arizona, lorsque son train est attaqué par une bande de gangsters. Il est fait prisonnier avec les autres voyageurs et, pour que tout le monde ait la vie sauve, il feint de se ranger du côté des bandits dont le chef (Lee J. Coob) est précisément son oncle. Il lui suggère d’organiser le hold-up d’une banque, mais ce n’est vraiment pas facile de jouer ce double jeu… Mal accueilli à l’époque de sa sortie, «L’homme de l’Ouest» est l’exemple type du western «psychologique» qui a surpris une large partie du public habituée davantage aux joyeuses fusillades qu’aux drames de conscience et aux situations complexes. Admirablement filmé et mis en scène, il est cependant devenu un classique – et pour Gary Cooper, ce fut un de ses meilleurs rôles.

Les conquérants

Les conquérantsClassique du western dans la grande tradition des bottes à pointe et des J.B. Stetsons. Réalisé par Michael Curtiz, ce western en cinémascope fut interprété par des stars aussi grosses que celles des shérifs Errol Flynn, le jeune loup de Tasmanie et Olivia de Havilland, la guet-star d’«Autant en emporte le vent». La trame du récit tient en quelques coups de feux : c’est la lutte qui oppose .de courageux éleveurs (God. bless America) à un officiel corrompu dans une petite ville de l’Ouest, Dodge City. Le marshal (Errol Flynn) fera en sorte que la ville recouvre le calme, la sérénité et la bonne réputation chère aux bigotes de service. Que Dodge City redevienne à l’image des pionniers qui l’ont, créée et pas à celle des bandits qui l’ont pervertie. Scénario rasoir double action, mille fois rabâché sur tous les tons, mais prétexte à un bon film. Il y a des kilomètres de films du même genre que Dodge City ou «Les conquérants», mais peu importe. Dans le genre, Michael Curtiz est un précurseur, et ses films sont les plus authentiques qui soient. Les puristes du western dans les règles retrouveront le saloon, la gare, les chevaux, et les archétypes du cow-boy. C’est du cinémascope, ça court partout et ça galope et c’est rempli de cow-boys sans foi ni loi, des qui s’entretuent chaque fois qu’ils trouvent un cheveu dans le plat ! (cf. Boris Vian).

Stress

Apprêtez-vous à frissonner de peur. Vous êtes seule chez vous, il est tard, le téléphone sonne: au bout du fil, rien qu’un halètement maladif. Employons le féminin pour «seule» car n’importe quel spectateur, dans cette situation, ne peut que s’identifier à Nathalie (Carole Laure), qui vit dans un immeuble moderne avec sa petite fille, et s’aperçoit qu’elle est traquée par un inconnu qui lui veut du mal. Aux appels anonymes succèdent bientôt les messages macabres, comme ce cœur sanguinolent abandonné sur un siège de sa voiture. Un véritable cauchemar commence pour Nathalie, qui appelle au secours son ami et quasi-fiancé (André Dussolier), puis un singulier détective privé (Guy Marchand). Ce genre de suspense fonctionne toujours bien au cinéma : une femme sans défense est à la merci d’un persécuteur invisible, dont nous ignorons le visage comme les intentions. Toute la première partie de «Stress» met ainsi nos nerfs à rude épreuve. Le réalisateur, Jean-Louis Bertuccelli, a su créer l’angoisse pure, avec le concours d’une Carole Laure parfaite de vulnérabilité frémissante. Lorsque nous comprenons qui est le coupable, le film change de ton comme de respiration, et on en revient à un policier plus traditionnel, légèrement baroque. Mais on n’oublie pas de sitôt la terreur de la première partie.

Ultime violence

Ultime violenceIl était une fois un tueur fou… Et pas n’importe lequel : Nanni Vitali. Deux morts à son actif et une évasion spectaculaire d’une _prison italienne. Vitali est vraiment le dingue ! Sous prétexte de gangstérisme et de terrorisme, il continuera à frapper sauvagement un homme blessé, sans arme, à terre et presque mort. La bête enragée, quoi ! Ce film de Sergio Grieco (dont le titre italien original est «Labelva col mitra») mérite bien son titre français : «Ultime violence». Braquage, passage à tabac, coups de rasoir sur la poitrine, viol, séquestration d’otages, enterrement vivant.., on arrive presque au catalogue ! Il y a bien quelques petites notes sur le climat de violence de la fin des années 70 en Italie. On apprend que les gardiens de prison avaient des armes, mais pas de balles. Dans le rôle du dangereux meurtrier complètement paranoïaque, Helmut Berger en fait le maximum : dents serrées et regard illuminé. Marisa Mell fit aussi un joli bout de carrière (notamment dans «Danger Diabolik» de Mario Bava). Ici, elle est l’otage qui laisse des indices à la police mais qui, petit à petit, se laisse séduire par le tueur. A eux deux, ils font de «Ultime violence …» un peu plus qu’un simple film de gangsters.

Tir à vue

Les Bonnie and Clyde de la crise… C’est ainsi que l’on a envie d’appeler Marilyn et Richard, les deux «héros» de «Tir à vue».Tir à vue Elle a dix-sept ans, comme sont interprète (qui fut césarisée lors des derniers Césars pour «A nos amours» de Pialat). Elle a en elle un démon qui la pousse instinctivement vers la violence. Elle est acharnée et autodestructive. Lui est tout aussi mal dans sa peau, mais un peu plus âgé. Jusqu’à présent, il a le sentiment d’avoir raté sa vie. Sa rencontre avec Marilyn, c’est celle de l’amour fou, de la sensualité et du vertige de la mort. Dans un monde où les agressions et le terrorisme sont devenus ultra-quotidiens, on a du mal à accepter le lyrisme de Marc Angelo sur ces deux anges de la mort qui détruisent tout ce qu’ils touchent par plaisir, pour leur plaisir ! Ces rebelles sans cause, dévorés par le désespoir de leur jeunesse, dérangent sacrément parce qu’ils touchent quelque chose de trop vrai, de trop séduisant ! Côté film, Marc Angelo et son scénariste mettent dans la bouche de Marilyn quelques «énormités» de dialogue qu’ils ont consciemment voulues. Leur Marilyn vit sa vie comme une série B et parle par phrases clinquantes et toutes faites. Ça amuse parfois, ça exaspère souvent. Mais c’est tout à fait dans le style «ravageur» de Marc Angelo, qui signe là son premier film. «Tir à vue» possède, même dans ses excès de rythme, de couleurs, de scénario… une certaine force ! Mais ce sont les deux comédiens qui, en nous arrachant de force notre sympathie, finissent par emporter le morceau.

Les fauves

Les fauvesDans la nuit parisienne, derrière son uniforme de vigile et son regard taciturne chargé d’un lourd secret, un homme subit sa vie comme un automate. Il s’appelle Berg. Ancien cascadeur, il aimait Bella, sa partenaire dans la vie comme dans le rodéo-automobile dont ils étaient les vedettes. Mais un soir, juste avant le spectacle, Bella a reçu une étrange visite et lui a annoncé qu’elle partait. Et, ce même soir, Bella est morte dans les flammes, pendant le show… à cause de Berg. Accident ou préméditation ? Berg le sait-il lui même ? Depuis, il erre dans sa vie, portant – comme tout héros romantique qui se respecte – un lourd fardeau sur l’âme et le cœur. Mais, en 1984, les romantiques ne sont plus ce qu’ils étaient. Le monde qui les entoure ne les laisse plus s’adonner tranquilles à leurs mélancolies. Au cœur de la nuit, lorsque les braves gens dorment, soigneusement enfermés chez eux, une faune s’empare des rues. La violence s’installe, la pénombre et l’insomnie réveillent de vieilles intolérances. Dans cet univers de bêtise et de haine latente, il suffit d’une étincelle (d’un viol puis d’un Meurtre…) pour mettre le feu aux poudres, pour donner des envies de lynchage et de chasse à l’homme. «Les fauves», par son sujet et la manière «très mode» dont il est traité, rappelle «Rue barbare». Mais sans le style très particulier de David Goodis et sans le parti-pris de baroque et d’irréalité. «Les fauves» joue la carte du western urbain (la course-poursuite dans le palais omnisport de Bercy encore en construction). Jean-Louis Daniel, le réalisateur, donne à son film la couleur et le rythme vidéoclip (le spectacle de cascades sur les quais de la Seine ou le show-présentation lingeries). Et les acteurs (surtout le trio Lazure-Léotard-Auteuil) s’en donnent a cœur joie dans la sur dramatisation du jeu. «Tout cela imprime au film un côté excessif qui séduit, malgré (ou à cause de) ses naïvetés».

Un flic aux trousses

Un flic aux troussesQuand on est petit, on joue au gendarme et au voleur. Après on regarde les autres y jouer, par exemple dans «Un flic aux trousses». Sauf que le gendarme c’est Kirk Douglas, un très grand acteur, même dans le pire des navets, et le voleur c’est John ‘Schneider, un jeune acteur qui promet s’il s’arrête un peu de courir. Bien évidemment, le voleur est en fait un criminel victime d’une erreur judiciaire et, dans le fond, tous les protagonistes sont des gens très bien, avec du sens moral et des valeurs. Prétexte, mais bon prétexte puisque « Un flic aux trousses » est un film de poursuite époustouflant. Il vaut un cent mètres haies. La chasse à l’homme, on l’a vue au cinéma sous toutes ses formes. La raison •m’en échappe et je ne vais pas courir après, mais il est vrai que c’est palpitant. L’intérêt de ce «Flic aux trousses» réside certainement plus dans la bonne interprétation des acteurs que dans les ficelles – que dis-je les câbles – du scénario. La course poursuite ayant lieu dans les rues de Laredo au Texas, on appréciera au passage la géographie des lieux. Mais au passage seulement, car tout va très vite. Heureusement sinon on s’ennuierait, comme on s’ennuie dans les scènes d’amour d’usage et dans le grand moment de vérité.

La martingaleLa martingale

Suspense et atmosphère de policier pour un film qui se déroule dans un milieu bien particulier le milieu des joueurs et des casinos. Avec la complicité d’une jeune femme (Catherine Spaak), Alex Joski (Omar Sharif) fait fortune sur les tapis verts des casinos. Il a mis au point une martingale infaillible pour gagner à la roulette. Alex Joski est évidemment soupçonné de tricher et il est suivi par la police qui tente de prouver qu’il n’est en réalité qu’un tricheur. Il ‘va sans dire qu’Omar Sharif était l’interprète rêvé pour ce rôle. Du sur mesure pour le plus célèbre des acteurs-joueurs. L’atmosphère des casinos est très bien recréée, avec ce qu’il faut de fumée, de bruits de verre de cristal qui s’entrechoquent. Un lieu finalement rêvé pour le suspense. Un policier original. Malgré les années, le presbytère Omar Sharif n’a absolument rien perdu de son charme, ni le jardin Catherine Spaak de son éclat.

Les traqués

Autoroute Rome-Paris. Alex rentre d’Italie avec la voiture de sa nouvelle épouse, Nicole, mais surtout avec, à ses côtés, le jeune Marc, dont il espère devenir plus et mieux que le simple beau-père. Voyage idéal pour nouer des relations entre les deux êtres qui se connaissent peu (Marc était pensionnaire à Rome). Mais là, un intrus va transformer ce trajet en cauchemar. Un van noir à vitres fumées «colle» à la petite R5 et ne va plus la lâcher. Qui est le conducteur de ce fourgon et que veut-il ? Ni Alex ni Marc n’ont la réponse. Ils ignorent même que leur chasseur vient d’assassiner froidement deux motards sur un parking de l’autoroute. Halte nocturne dans un hôtel. Le danger se précise l’homme tente d’étrangler Alex (Jean-Louis Trintignant) qui en réchappe de justesse. La police ? Elle ne croit pas aux victimes innocentes et Alex n’est désormais plus rien qu’un homme traqué. De nouveau la route, l’enfant qui a peur… et le van noir qui a disparu pour mieux revenir à la chasse. Bientôt la grande corniche… Laissons là le scénario (bonjour l’angoisse) pour convenir que Serge Leroy a su choisir habilement ses personnages. Trintignant, Darc, Fresson (le parano, c’est lui) et surtout le petit Richard Constantin interprètent avec justesse ce film bien dosé qui est à la fois un hommage à Spielberg (rappelez-vous « Duel ») et une preuve que le cinéma français est capable du meilleur suspense. Pas de temps mort, mais pas non plus de démonstrations inutiles. «Les traqués» est un film bien ficelé, palpitant jusqu’au final…

Police frontière

Le sujet de l’immigration clandestine des Mexicains qui passent la frontière américaine semble Passionner les réalisateurs outre-Atlantique. Mis à part «Alambrista» de Robert M. Young, peu d’œuvres traitent sérieusement un sujet aux graves implications sociologiques, voire même politiques. La plupart des autres films choisissent l’aspect western : «Un flic de choc» ou «Chicanos, chasseur de tête» avec Charles Bronson. Il faut dire qu’il y a là tout ce qu’il faut pour faire un bon film d’action.

Police frontièreD’un côté, les Mexicains fuient la misère et sont prêts à entrer par tous les moyens sur le territoire américain. Les passeurs leur extorquent l’argent et considèrent la vie de leurs « clients » comme chose négligeable. De l’autre côté, il y a les flics : ceux qui ferment les yeux parce que ça leur rapporte et ceux qui veulent faire respecter la loi à tout prix. Tony Richardson, dans « Police frontière », a préféré le spectacle pur à toute velléité de dénonciation. S’il parle des flics corrompus, c’est simplement pour montrer comment un homme apparemment honnête et consciencieux dans son boulot de flic, peut se voir contraint de participer au trafic d’immigrés parce que son épouse mène un train de vie que sa modeste solde ne peut pas assumer. Car ce même flic retrouve vite son «noble» cœur pour sauver l’enfant d’une Mexicaine aux charmes de laquelle il n’est pas indifférent… On peut s’étonner même que ce film d’action solidement ficelé soit signé Tony Richardson, un des cinéastes anglais qui, dans les années 60, militèrent pour le Free Cinéma, l’équivalent de la NouvelleVague. Tony Richardson, c’est «Un goût de miel», «La solitude d’un coureur de fond» ou encore «Tom Jones». Dans «Police frontière», faute deretrouver un grand cinéaste, on a la confirmation du savoir-faire d’un bon technicien. Un peu comme pour Jack Nicholson (qui passe une bonne partie du film caché derrière ses lunettes noires), on aurait aimé que des talents aussi hors du commun, nous donnent plus qu’un bon divertissement.