Tootsie

Tootsie Michael Dorsey est un comédien dans l’âme. Depuis des années, il rame comme un fou pour obtenir un petit rôle dans des pièces de théâtre à Broadway. Constamment refoulé des castings, il décide un jour de se travestir pour passer une séance d’essai pour un feuilleton populaire. Et, ô surprise, il est engagé dans le rôle d’une femme révoltée, toujours à l’af-fût du moindre soupçon de machisme proféré à son encontre. Tootsie devient très vite un phénomène de société. Toutes les femmes s’identifient à elle… Le voilà obligé de résister aux avances de ses collègues comédiens et de contrôler ses pulsions masculines envers une charmante camarade de plateau. Un enfer ! Du sur mesure pour Dustin Hoffman. « Tootsie » permet à l’interprète du « Lauréat » et de « Kramer contre Kramer » de prouver une nouvelle fois son talent d’acteur tout-terrain. Bien avant sa co-position époustouflante de Pain man », il réussit le tour de force d’incarner, dans le même film, deux rôles de front. Le comique de situation provoqué par Sydney Pollack ne tombe jamais dans la vulgarité. Jessica Lange, la protégée de « King Kong »dans le remake de John Guillermin et l’héroïne de Frances », met son charme fou au service d’un scénario qui sort des sentiers battus. Un excellent divertissement, qui vous est proposé dans une version originale sous-titrée en anglais par Cinévoice .

Marche à l’ombre

Marche à l'ombreDeux paumés « trentenaires » rêvent de se réinsérer dans le monde du travail et le quotidien tranquille sans abandonner ce qui leur tient le plus à cœur au monde la Musique. Courant après un copain à combines miracles, ils tombent de galères en coups foireux, de squats expulsés par les CRS en couloirs de métro rackettés par une véritable mafia de la « manche ». Mais ces abonnés à l’échec n’en ont pas moins le moral. Ils vivent dans l’amitié et même l’amour. Par leur façon de s’exprimer et de s’assumer, allant jusqu’au bout de leurs» conne-ries », ils montrent un humour à la fois désabusé et lucide, triste et tonifiant. Il ne faut surtout pas croire que Michel Blanc joue les opportunistes. Bien au contraire ! Il appartient à cette génération et baigne dans la même culture populaire qu’elle, mais il exprime avec une virtuosité unique ce ‘mal dans sa peau «face aux autres, à la société, aux filles, à l’avenir, etc. On l’a souvent dit Blanc est un fabuleux dialoguiste. Les répliques de « Marche à l’ombre » font tilt à tout coup. A partir de là, peu importe si l’intrigue n’est pas aussi structurée qu’elle le devrait… Dans un tel paquet-cadeau, les comédiens ne peuvent qu’être bons.

Tenue de soirée

Tenue de soirée« Je dirai que c’est l’histoire d’un type qui est assis entre son copain et la femme dont il est fou. Quelqu’un lui tripote la braguette et ça l’excite parce qu’il croit que c’est la femme. Manque de pot, la main en question est celle de son copain… »C’est ainsi que Bertrand Blier résume son « putain de film ». Monique et Antoine, un couple de paumés, se lie d’amitié avec un individu grossier, opportuniste et plein aux as. Ce cambrioleur les entraîne dans un univers glauque où tous les coups sont permis. Fort, tendre, cruel, dur, audacieux, la langue française manque d’épithètes pour décrire ce film provocant. Bertrand Blier a conçu ce long métrage pour le même trio que « Les valseuses », mais la disparition de Patrick Dewaere, en 1982, l’a contraint à retarder son exécution. C’est donc Michel Blanc qui, avec ce rôle, a remporté le Prix d’interprétation masculine à Cannes, en 1986. Un rôle où il excelle, dans de fabuleux jeux d’acteurs, avec un partenaire non moins remarquable, Gérard Depardieu (homosexuel ! Il faut le voir pour le croire), et passe de la sensibilité extrême à l’humour le plus grinçant. Miou-Miou, dans un rôle « charnière » aussi puissant que celui des « Valseuses », est géniale. En résumé, un trio de choc pour un long métrage très dérangeant. Un rythme accéléré où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Seules quelques pauses nous sont accordées, histoire de reprendre son souffle. C’est cru, c’est sexe, bref, un moment difficile à passer pour tous ceux qui croient encore à l’amour avec un grand A…

Moitié-moitié

Moitié-moitié Moitié-moitié n’est pas le résultat du partage d’un gâteau, mais d’une maison, héritage que se voient attribuer Arthur et Sarah. Élevés ensemble par leur « grand-mère » Helena, ils ont vécu toute leur enfance dans cette maison qui croule sous le temps et les souvenirs… Mais voilà, Helena n’était qu’une mère spirituelle pour Arthur-, ex-enfant de l’Assistance publique. Et comme il n’a, par définition, aucun lien familial avec la disparue, il va devoir payer de lourds droits de succession.., et il est au chômage. De son côté, Sarah, jeune architecte, projette de démolir la maison pour construire une propriété moderne sur le terrain. Elle propose donc de racheter la part d’Arthur. Mais il refuse… On ne peut pas dire que Paul Boujenah aura eu le mérite de donner à son frère Michel un bon rôle au cinéma, dans une carrière où seul « Trois hommes et un couffin » arrive à émerger de la médiocrité de ses autres films. Après « Voyage à Paimpol », « Lévy et Goliath » et le très mauvais « Prunelle blues », le voilà embarqué avec Zabou dans un film grotesque qui accumule lourdeurs et caricatures. Paul Boujenah met en scène le conflit entre deux éternels adolescents qui voient la vie et leur avenir différemment. Mais au lieu de nous offrir une comédie fine et amusante, on assiste à un film indigeste qui aurait peut-être séduit quelques gogos il y a quinze ans, mais qui n’a fait que trois entrées ou presque lors de sa sortie en salles… Question de maturité sans doute, pour un public devenu plus exigeant.

Docteur Folamour

Docteur Folamour Un général américain paranoïaque ordonne à l’armée aérienne l’exécution d’un plan d’urgence contre l’URSS. En clair, une attaque atomique. Alerté, le président des États-Unis convoque l’état-major. Mais, horrible détail, aucun contre-ordre ne peut être lancé. Dernier recours pour l’Amérique détruire ses propres B 52, qui approchent dangereusement de Moscou… Humour burlesque typiquement british, mise en scène époustouflante, personnages anticonformistes, seul Kubrick pouvait prétendre ridiculiser la menace nucléaire. Chaque détail technique est minutieusement reconstitué, les escadrons de bombardiers se « répandent » sur l’écran avec balourdise et majesté, et les soldats, hargneux patriotes bardés de décorations, nous offrent une savoureuse caricature. Tout est gigantisme et perfection. Bien sûr, le thème de la rivalité entre les deux grands et de la course aux armements semble un peu périmé aujourd’hui. Reste une dérision aussi incisive qu’indémodable, et surtout un Peter Sellers plus pince-sans-rire que jamais, dans un triple rôle explosif. Un chef-d’œuvre !

Association de malfaiteurs

Les ripouxDepuis « Les ripoux », Claude Zidi avait pris un virage très séduisant vers un nouveau comique plus en demi-teinte. Tout en restant fidèle à la carte du comique, le réalisateur de « classiques » comme « Les bidasses en folie » ou « L’aile ou la cuisse » s’est attaqué à des scénarios plus subtils, où la tendresse l’emporte sur le gag. « Association de malfaiteurs » raconte comment trois anciens élèves d’HEC, jeunes loups aux mâchoires de vainqueurs et grands spécialistes des gags, se retrouvent en cavale et traqués par la police parce qu’une de leurs mauvaises blagues a mal tourné et qu’un plus requin qu’eux les a pris au piège. Ecrit par les collaborateurs habituels de Zidi (Didier Kaminka, Michel Favre et Simon Michael), « Association de malfaiteurs » multiplie les rebondissements et les situations comiques, tout en restant au ras du quotidien. Dans ce soin du détail et de l’environnement familier mais légèrement décalé réside la réussite d’« Association de malfaiteurs ». Soutenu par trois jeunes comédiens particulièrement remarquables (Malavoy et Cluzet, mais -aussi Claire Ne-bout qui révèle toute sa splendeur dans ce film), Zidi prouve qu’il a bien mérité le César que lui a offert la profession pour « Les ripoux ». Son virage opéré avec « Deux » devait le confirmer deux ans plus tard.

La route des Indes

La route des Indes Metteur en scène de « Lawrence d’Arabie » et de « Docteur Jivago », l’Anglais Davici Lean, qui n’avait pas tourné depuis quinze ans, évoque ici l’Inde coloniale des années 20. Une jeune Anglaise (Judy Davis) débarque à Chandrapore pour rendre visite à son fiancé, jeune magistrat rigide, en compagnie de la mère de celui-ci (la savoureuse Peggy Ashcroft, Oscar du second rôle). Un Indien, le docteur Aziz, les invite à un pique-nique malgré la réprobation générale. Que se passe-t-il au cours de cette promenade dans la montagne ? Toujours est-il que la jeune fille. s’enfuit en accusant le médecin d’avoir tenté de la violer. Le procès qui va s’ensuivre, exploité par les mouvements nationalistes, va exacerber les sentiments anti-anglais de la population. Bref, cette énigme policière et psychologique d’une pesante ambiguïté se déroule dans le climat explosif d’un régime colonial finissant qui donne une résonance impressionnante à cette nouvelle fresque de David Lean remarquablement interprétée par la si anglaise Judy Davis et le surprenant acteur indien Victor Banerjee, sans oublier Sir Alec Guinness en gourou !

Décorer une chambre d’enfants

La décoration intérieure est un domaine qui m’intéresse particulièrement. J’en profite pour vous partager mes expériences. Je vais donc vous parler de la décoration avec des stickers muraux. Ces accessoires pratiques et bon marché m’ont été d’une grande utilité dans l’embellissement de mon intérieur. Voici mes conseils pour vous aider à transformer la chambre de vos enfants en un tour de main.

Le choix du thème de décoration

sticker mickeyLa décoration d’une chambre d’enfant est loin d’être une mince affaire. Vous devez choisir un thème adapté à son âge pour l’aider à se sentir chez lui. Vous pouvez aussi de ses couleurs ou de ses jouets préférés pour. Un enfant apprécie un style de décoration en adéquation au thème de son rêve. La prise en considération de ces thèmes vous aidera à trouver les autocollants répondant aux envies de votre enfant. Il vous est toujours possible de s’inspirer des magazines de déco pour trouver la décoration idéale pour la chambre de votre fille ou votre garçon.
Le choix est large en matière de motifs de stickers. Ce qui vous facilite la recherche de motifs répondant aux attentes de votre petit. Pour ma part, j’ai opté pour des stickers Mickey du fait que c’est son personnage de dessin animé préféré. J’ai utilisé ce lien pour les trouver http://www.popstickers.fr/25-mickey. Il vous est possible de trouver des autocollants aux motifs de votre choix sur le site PopStickers. Ce site m’a en effet permis de décorer la chambre de mon enfant ainsi que les autres pièces de ma maison.

La technique de pose

Les stickers muraux peuvent être collés directement au mur ou sur du papier peint. Ce sont des accessoires pratiques et faciles à poser. Ils ont l’avantage de pouvoir être changés au fur et à mesure sans besoin de grands travaux d’aménagement. La pose ne vous demandera que quelques minutes. Croyez-en mon expérience, l’opération est assez simple à réaliser. Vous pouvez vous y mettre à deux si votre autocollant est plus grand ou pour les coller de façon efficace. Vous devez coller votre adhésif et l’autre personne tient le reste pour éviter qu’il colle au mauvais endroit.

J’espère que ces quelques explications vous ont permis de vous décider à choisir les stickers à coller aux murs pour décorer la chambre de votre enfant. En plus d’être des accessoires pratiques, ils ne sont pas trop chers. Le site Popsticker vous propose de découvrir une large gamme d’autocollants décoratifs à partir de 2 euros.

Interview exclusif ! (suite & fin)

Ton premier livre date de quelle année ?

Je l’ai écrit en 1986 et il est sorti en 1987. Ça faisait longtemps que je pensais à écrire quelque chose.

Mon père écrivait lui-même des romans. Il a même bien joué puisque son premier roman a obtenu le prix Renaudot, ce qui, à l’époque, n’était pas mal car il était surtout connu comme journaliste. Les choses étaient alors bien cloisonnées : les journalistes n’écrivaient pas encore des romans. C’était il y a vingt ans, j’avais donc quatorze ans et je n’avais qu’une envie : écrire comme lui. Mais j’ai décidé d’écrire seulement le jour où je pourrais raconter autre chose que mes fumeuses introspections, ce qui est souvent le cas quand on est très jeune. J’ai donc attendu et, tout à coup, le cap de la trentaine est arrivé ! Ça a été « Le baiser du Dragon ». C’est tout simplement venu parce que j’avais envie de lire un livre comme celui-là. Dans un monde où les gens se prennent tellement au sérieux, je trouve intéressant et nécessaire d’écrire des choses qui ne sont pas sérieuses. J’ai donc écrit un livre sur le cul sans prendre le cul au sérieux ! Les gens n’ont d’ailleurs pas toujours compris puisqu’ils parlent de livre érotique alors qu’il n’a pas été écrit pour leur faire monter des fourmis dans la culotte. « Le baiser du Dragon » était un éclat de rire, une parodie de romans érotiques chinois. Les scènes prétendument érotiques sont, à mon sens, prétextes à des fous rires. Il y a une distance, un certain recul, les personnages sont toujours grotesques. Les journalistes, du moins certains, m’ont cataloguée comme auteur érotique.. C’est devenu une étiquette que j’assume parce que ça m’amuse. En plus, si mes bouquins étaient écrits par un homme, tout le monde dirait que c’est niais. Ça te démangeait depuis longtemps d’écrire des choses qui déclenchent des fourmis dans les pantalons ? Je savais que j’écrirais, mais pas spécialement des choses érotiques. Au départ, le « Le baiser du Dragon » devait être simplement un recueil de cochonneries rigolotes. C’était spontanément parti comme ça. Cela dit, les gens qui l’ont lu n’ont pas été émus par le cul, mais par ce qu’il y avait autour, c’est-à-dire des personnages, une intrigue et même une histoire d’amour cornélienne.

Et l’avenir ?

J’ai trois idées dans la tête et je ne sais pas dans laquelle je vais m’installer. Pas dans le cinéma, cet horizon étant pour l’instant très fermé.

Tu sembles être très sensible à la cause féministe.

Pas particulièrement. Cela dit, en tant que femme, je préfère être née en France. Si j’étais née en Corée, mon père m’aurait probablement imposé un mariage avec un homme coréen que je ne verrais pas de la journée. Là-bas, je ne – pourrais pas faire ce que je fais. Je n’aurais pas la possibilité d’exploser sur le plan individuel et artistique. Le problème de la femme dans le monde est un sujet qui m’intéresse.

Quelle est la question la plus con qu’on t’ait posée jusqu’à présent ? (à part celle-là) !

Si j’avais testé toutes les cochonneries que je racontais dans « Le baiser du Dragon ».

Ça tombe mal, on allait justement te la poser, celle-là !
(Enorme éclat de rire).

Comment s’organisent tes journées ?

Comme je suis très bordélique, je suis obligée de m’astreindre à une certaine discipline. Cela dit, je ne suis pas du style à me dire : je dois me lever à 7 heures… Je laisse les choses venir. Je reste plutôt chez moi. Mais je devrais me promener plus souvent quand il fait beau. C’est peut-être aussi parce que j’habite un peu en dehors de Paris, à Sèvres. Si j’habitais Paris, il est sûr que j’irais davantage traîner. En plus, j’adore écrire sur la terrasse d’un café ou au fond d’un bistrot.

Au Flore, comme Sartre ?

Non, non, non ! Pas là, dans un petit café bien crade.
Avec les piliers de bar ivres morts se traînant sur le sol carrelé entre les taches de vin ?

Ça ne me dérangerait pas. Au contraire, je me concentre bien quand il y a beaucoup de bruit qui ne me concerne pas.
Dans ton dernier livre, tu parles de consommation de haschisch, mais as-tu goûté à des substances plus hard ?

Oui, à la cocaïne, mais jamais à l’acide ou à l’héroïne. Je voulais voir ce que ça faisait. Je ne suis pas branchée sur l’autodestruction.

Et l’opium ?

Ha, l’opium, oui !

Ben tiens !

Pas beaucoup, mais oui. Papa, qui a vécu en Inde, a écrit de très belles choses sur l’opium. Comme j’ai été élevée dans ce contexte, j’y suis forcément venue. Quand je raconte, dans le livre, que la première fois que l’héroïne (sans vouloir faire de mauvais jeu de mots) fume une pipe d’opium, elle a une envie folle de passer l’aspirateur, je dois confesser que ça m’est réellement arrivé ! Ce qui est assez décevant quand on s’y pi-é-pare depuis longtemps (à fumer de l’opium, pas à faire le ménage).

Les femmes de ménage apprécieront. Tu en trouvais facilement de l’opium à Paris ?

C’est un concours de circonstances. Ce n’est pas moi qui allait à l’opium, mais l’opium qui venait à, moi. J’ai toujours été assez passive pour ce genre de choses. En revanche, là, maintenant, si on reparlait de ce restaurant, ça me brancherait plutôt.
Compris, Éléphant bleu, on arrête la cassette. Direction l’Anapurna !

Interview exclusif !

Après l’interview, irons-nous nous sustenter dans un restaurant asiatique ? Pas de problème ? (ce n’est pas, en effet, d’une originalité foudroyante) !

Ho! Pour moi, tout ce qui est cuisine exotique, c’est bon !
Commençons par les présentations d’usage : qui es-tu, d’où viens-tu, que fais-tu ?

Ha ! Ha ! Ha ! (rire inquiet). Vais-je avoir droit à des questions du même tonneau durant la totalité de l’interview ?
Comme chez Jacques Chancel, hop !

Je vais commencer par parler de mes géniteurs. Sans eux, je ne serais pas ce que je suis. Papa était journaliste grand reporter. Français, Cévennol. Il a rencontré maman pendant la guerre de Corée, love story, et maman, qui est Coréenne, l’a suivi ; et voilà, je suis née un peu plus tard à Paris. Donc, j’ai déjà des racines doubles…

Et non point carrées !

Ça se lit sur mon visage. Ce n’est pas évident. Quand je vais en Corée, personne ne me prend pour une Asiatique. Je connais vraiment le statut des fesses entre deux chaises.
Nous y viendrons plus tard…

Mais ça ne me dérange pas, j’assume bien. Je vois mon métissage comme une addition. J’ai été élevée dans un contexte de famille européenne en ne connaissant que ses membres français. En fait, j’ai. commencé à m’apercevoir que j’étais un peu différente, un peu « jaune », quand on m’a proposé mes premiers rôles pour le cinéma, parce que, automatiquement, il s’agissait de rôles à étiquettes orientales. Là, j’ai pris conscience de ma différence.
Comment en es-tu arrivée au cinéma ?

Complètement par hasard. A Paris, après avoir vécu deux ans à Londres. Je venais de passer mon bac, je faisais de l’anorexie et, pour des raisons médicales, je me suis retrouvée deux ans à Londres.

Quel bac as-tu fait ?

Littéraire. Le bac le plus nul. J’ai fait du grec…
Quelle horreur !

Non, pas quelle horreur… j’ai toujours été passionnée de linguistique. C’est grâce au grec que j’ai eu ensuite envie d’apprendre le chinois et le coréen. Ce que maman n’avait pas fait. Et le grec m’a un peu servi de détonateur.
Les Grecs sont toujours détonants… Mais nous nous éloignons. À quelle carrière te destinais-tu ?

C’est très bizarre. En fait, dans ma tête, je n’avais aucun plan de carrière. J’ai toujours cueilli l’instant présent, sans jamais savoir ce que j’allais faire après. Je suis issue d’une génération « post-soixante hui-tarde ». Je m’étais dit : je fais les langues z’0 et on verra bien… Mon goût de l’éclectisme est né de cette époque.

Oui, mais bon, tu ne te destinais pas à la plomberie-« zinguerie », par exemple ?

J’était prête à tout. Ça dépendait de mes rencontres. Peut-être bien que si j’avais rencontré un plombier-zingueur, j’aurais choisi de faire carrière dans la plomberie-« zinguerie »… Le comportement de ma génération, c’était « À bas les idées reçues, les plans de carrière, on se fout des retraites… » Il y avait un bon petit vent velléitaire. C’était les seventies. La révolte bébête. J’étais prête à tout alors que mon père aurait aimé me voir devenir diplomate, après des études brillantes. Si, à l’époque, ma tête n’avait pas été contaminée par l’esprit « soixante-huitard » peut-être aurais-je fait Sciences Po et le reste. Dans cet état d’esprit, ‘on imagine plus facilement l’irruption du cinéma dans ma vie. C’est venu par hasard, sans ‘même que j’ai les tripes en feu depuis l’âge de quinze ans, comme la plupart des actrices…

Quel fut ton premier rôle ?

C’était dans un spectacle pour enfants, « L’histoire d’Aladin », à la porte de Pantin. Je jouais le rôle de la princesse. C’était génial ! Ça a duré trois mois. Ensuite, on m’a surtout proposé des rôles de plantes grasses ou de prostituées. Evidemment, le cinéma français n’ayant aucune imagination, les prostituées sont toujours jaunes. Généralement, je refusais, mais parfois j’acceptais comme dans « Madame Claude », film dans lequel j’avais un rôle très compartimenté : celui d’une banquière chinoise, simple spectatrice des cochonneries du film : je n’agissais pas. En plus, je devais parler anglais, ce qui m’amusait au plus haut point. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de faire ce film. Mais bon, après coup, je me dis que j’aurais très bien pu ne pas le faire…
Alors pourquoi avoir accepté? Pour l’argent ?

Non, parce que le rôle n’était pas du tout déshabillé. Je campais un personnage très digne. Mais le scénario n’était pas génial. Si j’avais eu plus de jugeotte…

Et si, demain, Coppola t’appelle pour te proposer une somme à mourir de rire dans son prochain film qui comporterait une scène déshabillée ?

Non, je ne suis pas sûre que j’accepterais. J’aime bien me déshabiller dans l’écriture, qui est devenu mon terrain de provocation. Montrer mes seins et mes fesses, non ! Il m’est arrivé de le faire dans « Les cinq dernières minutes ». C’était pour la télé et j’avais le rôle principal. La scène était justifiée. Je l’ai donc faite au milieu de plein d’autres. Elle n’a pas été conçue dans le seul but que je me mette les seins à l’air.. On me propose régulièrement de me déshabiller dans les journaux. Je réponds que c’est complètement idiot, autant garder le mystère entier. Autant que les lecteurs s’imaginent que j’ai une superbe poitrine ! C’est la technique du cache-misère : génial ! C’est mieux comme ça, les gens fantasment un maximum. S’ils voient, ça n’a plus aucun intérêt.

Dans combien de films as-tu joué ?

Je ne suis pas du genre à tenir ce type de comptabilité. Je n’en ai absolument aucune idée. Il n’y a que quelques films qui m’ont marquée, ce sont principalement des films réalisés pour la télévision, genre « Maigret » ou « Les cinq dernières minutes », donc pas des choses très reluisantes. mais dans lesquelles, au moins, on m’avait donné la chance d’interpréter des rôles solides qui n’avaient rien à voir avec mon physique.

Ce sens de la comédie est spontané ?

Je me suis toujours refusée à prendre des cours de comédie. J’avais une trouille folle de perdre ma spontanéité. Ce qui ne m’a pas empêchée de travailler mon métier de comédienne. J’ai appris, à travers la comédie, à faire passer des émotions, et elle m’a servi de pont pour passer à l’écriture.

Quels rôles aurais-tu souhaité interpréter ?

C’est une question qu’on me pose souvent. Quand on a, envie de jouer tel rôle, c’est qu’il a été sublimement interprété. Il ne m’est jamais venu à l’idée de me dire : zut, j’aurais bien aimé jouer ce rôle ! Mais les rôles qui m’attirent le plus sont ceux qui permettent de passer de l’émotion à la drôlerie en douche écossaise. J’aime ces performances de comédien. Donc un rôle dans ce registre qui est le plus difficile, je dis oui.

L’écriture, domaine dans lequel tu es maintenant très connue, t’a-t-elle amené d’autres propositions cinéma ?

C’est le problème des étiquettes, un problème très français d’ailleurs. À part quelques personnes fidèles qui me connaissent bien, mais qui ont du m’al à monter leurs productions, l’idée générale consiste à me cantonner dans le monde de l’écriture.
Reçois-tu beaucoup de scénarios ?

Franchement, non. Excepté des sit-com vis-à-vis desquelles je reste radicalement hostile.

Pourquoi n’écris-tu pas le scénario, de ton propre film ?
Par pudeur et par décence. Même si on n’a pas forcément pensé à toi en le concevant, lorsqu’on t’offre un rôle, c’est un cadeau. Quand tu l’interprètes ensuite, tu fais don de toi-même. Ce que je dis est peut-être un peu idiot…

Pensais-tu déjà à l’écriture au moment où tu étais comédienne ?
J’ai toujours fait plein de choses à côté, de mon activité de comédienne. Je faisais des relations publiques, des traductions, .des petits articles. J’ai toujours touché un peu à tout. J’ai coproduit un film aussi. Avec l’auteur et réalisateur qui est aussi mon compagnon. Le film s’appelait « Sois beau et tais-toi ». Il est sorti à Paris, à la sauvette, suite à des problèmes de distribution, sans pub, et il n’a pas marché. On a eu des dettes, on a ramé et récupéré les droits du film. On l’a ressorti deux ans après et on a pu rembourser nos dettes.

Es-tu une grande consommatrice de films ?

Oui, par périodes. Plus en salle qu’en vidéo. Sorry ! Par paresse. Parce que je n’ai pas le réflexe d’aller m’inscrire dans un vidéoclub pour aller chercher des cassettes.

Quels genres de films vas-tu voir ? Westerns, horreur, X, kung-fu ?

Les films X sont dans ma tête. Mais on peut toujours m’emmener voir un film érotique, j’irai par curiosité. Je ne dirai jamais : non, quelle horreur !
Et un porno dégueulasse ?

Si tu me le proposes, oui, pour voir ! Je ne suis pas une habituée de ce genre de salles…

Changeons de sujet. Dans ton dernier livre (« L’éléphant bleu ») tu mets en scène le personnage complexe de Minsky. A-t-il vraiment existé ? Non, mais il est vrai que j’avais rencontré un sculpteur américain qui vivait à Londres, dans un énorme entrepôt. On buvait du saké assis par terre dans sa chambre, avec d’autres gens. Il y avait ce grand drapeau américain, qui faisait penser à un linceul, au-dessus du lit. Ce sont des éléments que j’ai repris parce qu’ils m’avaient frappée. Mais Minsky traversant sur son scooter son atelier aussi grand que la gare Victoria, c’est une extrapolation !

Polnareff faisait ça avec une Harley-Davidson à Paris : Il avait de sérieux problèmes avec ses voisins ! C’est plus chic qu’en scooter ! J’ai situé l’action de mon livre dans le quartier de Kensington à Londres, un quartier génial, avec Kensington Market, d’où sont partis les principaux mouvements de mode et le magasin Biba, un endroit fantastique et fou. En 1973-1974, c’était marrant de voir déferler cette mode revival des années 30. Les gens se gominaient les cheveux alors que c’est venu en France beaucoup plus tard. Il y avait aussi le côté délire vestimentaire, les paillettes et les semelles compensées pour les mecs, qui se retrouvaient perchés sur des talons de 15 centimètres…

D’adolescent futile, le Festival de Cannes devient adulte responsable

Truffaut, Fellini, Bunuel, Visconti accèdent enfin aux palmarès. Boycotté en 1968,il laisse passer l’orage et, l’année suivante, tout se déroule sans heurts. C’est en 1972 que les organisateurs prennent la décision capitale de contrôler la sélectibn des films étrangers. Désormais, ce ne sont plus les pays qui envoient leurs œuvres, mais le festival qui choisit ou non de les présenter. Parallèlement à la compétition officielle, des manifestations se créent et se développent : la Semaine de la critique est la première en date, viennent ensuite la. Quinzaine des réalisateurs, Perspectives du cinéma français et Un certain regard. Cannes se rapproche alors de son visage actuel, puisque stars confirmées et auteurs en devenir sont également respectés. Ils participent de la même façon à l’évolution du 7e art. L’année 1983 voit l’ouverture, à l’époque contestée, du nouveau Palais, mais c’est dix ans plus tôt que la sélection française fait scandale avec «La maman et la putain» et « La grande bouffe». Depuis, nulle odeur de soufre ne vient maltraiter l’odorat de la faune obscure ou célèbre qui s’agite devant ou derrière la lanterne magique. Le miroir aux alouettes n’est pas près de se briser, et dans quelques jours, le jury du 43e Festival de Cannes, présidé par Bernardo Bertolucci, va rendre son verdict. D’ici là, soyez rassurés, bonnes gens et cinéphiles avertis, et n’ayez crainte, la palme dort…