Clips en stock

Que les vidéoclips soient là pour rester, qui pourrait encore en douter ? Mais que leur forme, leur longueur évoluent, on en a déjà des preuves. Comme toujours, un des précurseurs est David Bowie et son Jazzin’ for Blue jean, ce court métrage qui entoure cinématographiquement une chanson et permet à la star de jouer aussi la comédie. Cette tendance va s’accentuer en 85. Déjà sont en projet une version longue et différente du Relax des grands vainqueurs de 84, Frankie goes to Hollywood. et que réalisera Brian de Palma. De la même façon d’autres cinéastes confirmés prennent goût à la chose : après Sam Peckinpah (quelques mois avant sa mort) qui tourna deux clips pour le fils du grand Lennon, Julian, c’est au tour de William Friedkin qui avait déjà clippé Self control de récidiver avec la même Laura Branigan dans To live and die in L.A. Ainsi donc le clip gagne ses lettres de noblesse et dépasse son seul «rôle» de soutien publicitaire. Un art mineur qui produit aussi presque anonymement quelques petites merveilles dont le Small-town boy des Bronski Beat est un remarquable exemple. Cette histoire d’un jeune homosexuel obligé de quitter son milieu familial, sa ville, a des accents, une atmosphère à la Kenneth Loach. Ce train de banlieue, ces cottages tristes, le breakfast à la grimace après que les parents apprennent la nouvelle : on retrouve cet intimisme juste d’un certain cinéma anglais. Pas de mots, des regards lourds de sens, des flashbacks et ce rythme musical électronique sur lequel la sublime voix de castrat de Jimi semble planer, aérienne. Quand ce clip fut diffusé pour la première fois en France, le groupe était encore inconnu. Son pouvoir émotionnel, rare dans le monde du vidéoclip, a tout de suite fonctionné à la perfection. Ce train qui part vers un ailleurs laissant une mère en larmes et un père, brave prolo, groggy, restera comme un must de l’année 84. Depuis, le groupe occupe la première place des hitparades, et son chanteur rasé, «un James Cagney dont on aurait coupé les jambes» selon la formule d’un chroniqueur d’un journal du matin, est devenu une star.

Fin du monopole en Allemagne

AllemagneChez nos voisins d’outre-Rhin, en République fédérale allemande, le monopole de l’Etat concernant la télévision vient de mourir. Une chaîne privée, SAT 1 (fondée par de grands groupes de presse comme Springer, Bauer, APF…) émet depuis le 1 er janvier 85, dans 16 villes d’Allemagne de l’Ouest. Un droit d’accès de 35 francs est demandé, afin de pouvoir être abonné au réseau câblé. Douze heures de programmes quotidiens, avec une majorité de films, des informations… Une chaîne qui se veut avant tout «distractive». Bien évidemment, tout n’a pas été sans problème : les Sociaux-démocrates étaient fortement opposés à ce projet, alors que la coalition au pouvoir, Libéraux et Chrétiens Démocrates, étaient pour. Cependant, du fait de la structure fédérale existant en RFA, les régions gouvernées par le SPD n’auront pas le droit de recevoir cette chaîne. Jusqu’à la prochaine élection, bien sûr. D’autant que SAT 1 est diffusé par satellite jusqu’au centre serveur qui renvoie les images vers le câble. Chaque partenaire se partagera le temps d’antenne, en étant totalement libre de le gérer comme il l’entend, y compris pour les messages publicitaires, qui sont_ très importants, puisque les éditeurs auront la possibilité de basculer les budgets de leurs journaux vers leurs heures d’antenne. Cela n’arrange pas les affaires des chaînes nationales, qui en avaient jusqu’ici le monopôle. Il est clair que cette position vise à contrecarrer en partie les projets du groupe Bertelsmann qui vient de prendre un accord avec RTL, afin d’avoir un accès au satellite TDF 1. Une affaire à suivre de très près.

450 chaînes émettent en Italie

italieEn 1984, il existait en Italie environ 450 chaînes de télévision privées. C’est le résultat d’un vide juridique vieux de huit années, et non encore comblé, dans lequel se sont immédiatement engouffrés nombre d’hommes d’affaires, attirés par ce nouveau marché, qui pouvait rapporter beaucoup d’argent. Si dans les faits, «la reconnaissance du droit d’émettre sur les ondes à l’échelon local», donc la fin du monopôle d’Etat, remonte à 1976, c’est depuis 1972 que le problème s’est posé. Cette année-là, le gouvernement italien prenait position pour le maintien du monopôle d’État, suite à des tentatives de télévisions libres, qui furent saisies. Or, la cour constitutionnelle, appelée à la rescousse par Télé Biella, l’une des télévisions libres visées, trancha pour ces télévisions, contre le gouvernement, en affirmant «que la télévision par câble étant assimilable au téléphone, elle ne peut être interdite à l’intérieur des municipalités». Quatre ans plus tard, cette décision était entérinée par le Parlement italien. Immédiatement, bien sûr, le visage de l’audiovisuel jusque là dominé par les grands réseaux publics, les trois chaînes de la Rai et trois stations étrangères, A2, TMC et Capodistria, changea complètement. Ces secteurs se virent fortement concurrencés par la naissance de très nombreuses chaînes privées. Les programmes : des séries B et des films, la plupart du temps étrangers. Premier résultat pratique, les salles de cinéma qui enregistraient, en 1976, 550 millions d’entrées tombèrent à 195 millions en 1983. L’industrie du cinéma italien, jusque là prospère et variée, en est morte. De plus, des groupes de pression importants, qu’ils soient politiques, économiques ou religieux s’y installèrent largement, n’hésitant pas à braver la loi, qui n’autorise que la diffusion locale, en instaurant des réseaux nationaux, via des relais hertziens. Grâce à cela, de véritables empires ont pu se constituer en toute impunité, le plus important étant, bien entendu, celui de Sylvio Berlusconi, un industriel du bâtiment qui détient les chaînes les plus regardées de la péninsule italienne : Canal 5, Retequattro et Italia 1. Entre son réseau et la Rai, c’est la guerre des ondes. En novembre 1983, Canal 5 comptait une moyenne de 8 109 000 téléspectateurs, contre 7 332 000 pour la Rai 1, la chaîne la plus regardée du secteur public. Et Italia 1, 4 012 000 téléspectateurs ! Grâce à ce nombre de téléspectateurs. Sylvio Berlusconi pouvait triompher : alors que la Rai affichait une perte de ’240 millions de lires. Canal 5 seule réalisait un bénéfice net de 5 millions de lires. Bénéfices réalisés, bien sûr, grâce à la publicité. Canal 5 et ‘talla 1 avaient ainsi réalisé en 1983, un chiffre d’affaires de 480 millions de recette publicitaire. Mais, égaiements, grâce à la concurrence acharnée que se livrent les chaînes privées entre elles.

Combien coûte une télévision privée ?

Le Bipe, Bureau d’informations et de prévisions économiques, s’est livré à une enquête très intéressante, à savoir le prix de revient d’une télévision privée hertzienne, en tenant compte de l’investissement matériel et des programmes. Avant de pouvoir émettre, il est bien évidemment indispensable de disposer du matériel nécessaire. Première nécessité, définir la zone de couverture, le point d’émission, en tenant compte du relief géographique. Plusieurs hypothèses ont été retenues par le Bipe, le devis le moins élevé se situant à moins de 50 000 francs. Cependant, il est sans doute beaucoup glus raisonnable de tenir compte des autres prévisions qui, elles, sont nettement glus chères : 270 000 francs, 670 000 francs et 1,4 million de francs. Ensuite, il faut tenir compte de l’équipement vidéo, d’un coût élevé, puisque que la somme minimum est I estimée à 500 000 francs. Les autres estimations se situant dans une fourchette évoluant entre 1 et 10 millions de francs.

Beaucoup plus difficile d’évaluer, en revanche, les prix des programmes. Ainsi, au cours des premières tentatives d’émission des télévisions pirates, certains programmes ont coûté environ 5 000 francs l’heure. Néanmoins, ces prix ne tiennent évidemment pas compte des charges que devraient supporter annuellement une télévision privée. Toujours pour le Bipe, en tenant compte d’un volume d’émission de six heures par jour, le coût de revient minimum serait de 3,6 millions de francs par mois, soit à peu près le même coût que l’investissement en matériel d’une petite station. Il est nécessaire toutefois de prendre connaissance du coût moyen des programmes régionaux de FR3 qui, annuellement, toujours sur une base de six heures, reviennent à 324 millions de francs.

ecologieIl était une fois les écologistes…

A l’heure où les télévisions privées hertziennes apparaissent comme une possibilité en France, il était intéressant de faire un bref récapitulatif comptable et sociologique des premières expériences de télévisons libres ayant eu lieu dans notre pays.

Dans un premier temps, les télévisions libres sont nées, au même titre que les radios, de la volonté de groupements politiques, principalement les écologistes, et de nombreux «activistes» et de techniciens. Dans un second temps, des groupes politiques, par l’intermédiaire de municipalités (François Léotard à Fréjus…), des journalistes et des personnalités diverses (Daniel Grandclément, André Bercoff, Jean-Louis Bessis…) et des groupes de presse (Robert Hersant à Lyon…). Il est également certain que de très nombreuses municipalités, en majorité d’opposition, ont des projets : notamment Nice, Chamalières, Nantes. Sans oublier les groupes de presse, les radios périphériques et locales, les agences de publicité, les groupements de cinéma. Ce média, à l’image des radios locales, entraîne décidément bien des convoitises. Mais toutes n’ont pas forcément le même, but : si certains y trouvent ainsi un moyen de pression fantastique, d’autres, plus prosaïquement, veulent le traiter en véritable média, fait par des professionnels, afin d’avoir le maximum d’audience, et donc, le maximum de bénéfices publicitaires.

Le câble est roi aux États-Unis

Etats-UnisPierre Salinger est actuellement .directeur du bureau parisien de la chaîne américaine ABC. Pour les lecteurs de OGH, il dresse un bilan de la situation générale dans laquelle se trouvent les télévisions aux États-Unis. «Depuis les années 50, et jusqu’à il y a environ 6 ans, trois chaînes étaient en situation de quasi monopôle sur l’ensemble du territoire : ABC, CBS et NBC. A elles trois, elles représentaient environ 90 % dé l’audience de la télévision aux États-Unis». Chaînes privées, elles se livrent entre elles une redoutable concurrence, tant dans le domaine de l’information que des distractions, afin de récolter les budgets publicitaires les plus importants, source principale des revenus. «Aujourd’hui, ces télévisions, continue Pierre Salinger, ont vu leur audience baisser, pour se stabiliser à environ 65 %» Plusieurs explications à cette situation. La première concerne la réussite du câblage aux États-Unis. Après quelques années de tâtonnements, les programmes ont réussi à se positionner, et donc à trouver une audience. La seconde c’est la percée de la chaîne PVS, télévision publique lancée dans les années 1960, financée par le gouvernement et des entreprises privées, mais fonctionnant sans diffuser de spots publicitaires, situation rarissime aux États-Unis. PVS représente 5 % de l’audience. Et son mode de fonctionnement est intéressant : les 200 stations ont la charge de fabriquer leurs programmes, en toute liberté. Ainsi, établissent-elles relativement souvent des coproductions avec des télévisions étrangères. Par exemple, avec FR3, la station de San Francisco a-t-elle enregistré une série sur la nourriture en France, une autre sur la guerre du Viêt-Nam. Autre percée, le câble. Actuellement, les grandes villes sont câblées, permettant ainsi aux téléspectateurs de recevoir, moyennant un abonnement modique, une multitude de programmes. Dans une ville comme New York, par exemple, un abonné peut recevoir 25 programmes différents. Ces chaînes ont trouvé leurs spécificités : certaines ne proposent que des programmes sportifs, d’autres uniquement des films. Et les grands groupes s’y sont intéressés, puisque Warner et Disney possèdent leurs propres réseaux. Sans oublier les grandes chaînes nationales qui ont pris des participations dans ce secteur : «ABC, indique Pierre Salinger, possède 85 % de ISPN, qui est une chaîne 100 % sportive, tandis que nous avons pris des accords avec CNN, qui est la plus grande réussite en matière de câble, afin de lui fournir des programmes d’information». Et ces chaînes ne font pas qu’émettre, puisque fortes de leurs ressources financières, tirées de la publicité, elles se mettent à produire à leur tour. Ainsi HBO, une station new-yorkaise produisait deux films par an, elle est passée à 40 en 1984. En contrepartie, les pay TV, sur lesquelles a été copié Canal Plus, doivent faire face aujourd’hui à des difficultés. En effet, le téléspectateur trouve beaucoup, plus intéressant de s’abonner au câble, disposant de multiples programmes, plutôt qu’à une seule chaîne. La presse écrite a subi une érosion, due à la multiplicité des chaînes : «Lorsque j’ai débuté ma carrière de journaliste, continue Pierre Salinger, chaque grande ville possédait en moyenne quatre quotidiens du matin, et un ou deux quotidiens du soir. Aujourd’hui, les quotidiens du soir ont en majorité disparu, tandis que ceux du matin ont vu leur nombre se réduire. Les grands hebdomadaires ont également disparu, au profit de journaux spécialisés, dans tous les domaines possibles : cinéma, variétés, sports, vidéo…». Face à ces proliférations de télévisions, ABC, NBC et CBS ont réagi en améliorant encore le domaine dans lequel elles sont les plus fortes à savoir l’information. Les grandes chaînes américaines sont en train de développer leurs systèmes d’accords de coproductions et de fournitures de programmes avec les chaînes étrangères, notamment en Italie, avec le groupe Berlusconi, en Allemagne… Sachez enfin que le prix de revient par épisode d’un feuilleton comme « Dynastie » est de 900 000 dollars, contre 250 000 par épisode pour «Chateauvallon», la nouvelle saga d’A2. Mais la différence réside dans le fait que la série américaine est déjà rentabilisée avant de quitter le territoire des États-Unis, ce qui permet de vendre l’épisode 30 000 dollars. Faites le calcul vous-mêmes.

Quelques projets

Avant même que la décision finale ne soit connue, des projets ont pris corps, bien entendu. Mais, entre émettre quelques heures, avec des programmes plus ou moins improvisés, et alimenter une chaîne chaque jour, il y a un gouffre. Jean-Louis Bessis, qui se déclare dès à présent candidat à une chaîne privée sur Paris voit ainsi les débuts de ce que pourrait être la future Canal 5 : «Nous avons décidé de cibler parfaitement notre auditoire potentiel : il se situerait entre 15 et 35 ans, donc très vaste, avec des programmes musicaux relayés en FM par une radio locale parisienne. Mais, avant tout, j’insiste sur le fait qu’un cahier des charges très précis doit être imposé, afin d’éviter tout débordement : ainsi, par exemple, respecter le service public, en être complémentaire (notamment dans le secteur de l’information), pas de films, afin de protéger le cinéma. Et aider au maximum la création française. Il est bien sur impératif d’autoriser la publicité sur notre antenne, afin, justement, de permettre les achats de programmes. Dans un premier temps, il est clair que nous diffuserions un maximum de programmes musicaux (50 ou 60 % de notre antenne), grâce à des clips vidéo, en majorité français, et par des Scopitones. Ensuite, évidemment, des plateaux en direct, avec des invités. Dans un second temps, grâce à nos recettes, nous nous lancerions dans l’achat de programmes». Autre projet, celui de Pierre Bellanger, directeur de la, radio locale La Voix du lézard. Son nom Aquarius. A la suite d’une étude de marché, il en a déduit qu’un projet, pour être rentable à moyen terme, se devait de proposer des programmes sportifs, super populaires, ou d’être une sorte de radio périphérique en image. C’est ce dernier qui a d’ailleurs retenu son attention. Comme il l’expliquait récemment dans une interview au Matin : «Aquarius sera le pendant visuel de notre station FM». Cela donnera des films, des clips. Une télévision d’un faible coût de revient. Il vient de fonder une Sarl afin de disposer des trois millions nécessaires au lancement de sa télévision, et compte évidemment beaucoup sur les transferts publicitaires de sa radio vers la chaîne de télévision pour l’alimenter. Quant au problème de la retransmission, il est au contact actuellement avec TDF afin que celle-ci se charge de la diffusion de la Voix du lézard, et éventuellement d’Aquarius. Et puis, bien sûr, les groupes multimédias ont également leurs projets, s’apprêtant à relayer les expériences des premières télévisions pirates. Dans le même temps, on apprenait que Télé Monte-Carlo, la chaîne de périphérique du midi de la France, qui émet désormais jusqu’à Marseille, allait tenter d’ouvrir ses antennes à des produits, qui, jusqu’à présent, n’apparaissaient pas sur ses écrans : la distribution, le tourisme, la parfumerie. Cependant, il ne faut pas oublier que la Sofirad (donc l’Etat français) contrôle cette chaîne. Et que les trois chaînes françaises ne sont pas «ravies» de cette ouverture. Mais, lorsque l’on voit les comptes d’exploitation de TMC, déficitaires de 18,6 millions, il est logique qu’elle tente d’augmenter ses recettes publicitaires, afin d’équilibrer son budget.

Le plan câble

câblesLancé en novembre 1982, le plan câble prévoyait l’équipement de 1,4 million de foyers dès 1985: or, jusqu’à présent, c’est seulement 162.000 prises qui ont été commandées, soit la moitié de ce qui était initialement prévu pour 1984. De plus, les 147 municipalités qui sont candidates au plan de câblage commencent à se poser des questions. Il apparaît que bien des points noirs avaient été occultés lors de la mise en place de ce plan : le coût financier avait été sous-estimé, puisque chaque prise revient à environ 15.000 francs soit trois fois plus que la première estimation. Et cela, pour une raison simple, les industriels ne pouvant offrir les prix calculés sur une fabrication supérieure à celle existant actuellement. De plus, le système adopté par le gouvernement, la fibre optique, n’a pas, loin de là, fait toutes ses preuves. Autre problème, qui va assurer son financement ? C’est en théorie le ministère des PTT, avec une prise en charge des municipalités ayant fait actes de candidatures, qui devraient avancer plus du tiers de la somme à la direction générale des télécommunications, afin de pouvoir bénéficier de l’installation du réseau. En outre, l’investissement de l’Etat semblerait avoir été également largement sous-estimé ; il a ainsi bénéficié en 1984 d’une somme de 2 milliards, somme qui devait être reconduite en 1985, et est menacée de restriction budgétaire. Qui va exploiter le câble ? Logiquement, ce sont des Slec, sociétés locales d’exploitation du câble, qui devraient passer un contrat de location et de gestion avec les PTT, mais rien n’est en réalité moins clair. En effet, le tarif d’abonnement, afin d’attirer une clientèle potentielle, ne devra pas excéder 150 francs, ce qui n’assure pas une somme de revenus très importante, et laisse présager bien des problèmes concernant la répartition des sommes nécessaires à la gestion, et à l’entretien des réseaux. En outre, les programmes sont également loin d’être développés : on ne connaît pour le moment que les deux mille heures mises au point par la mission câble. Ce qui fait tout de même très peu. Même si quelques sociétés, comme Télé Hachette, Pathé Cinéma… viennent de décider de se lancer dans l’investissement de programmes, la majorité des municipalités et des sociétés de productions audiovisuelles se font très discrètes dans ce domaine.

Le satellite TDF 1

Laurent Fabius, Premier ministre, a confirmé, à la fin du mois de décembre, le lancement du satellite TDF 1, qui aura lieu le 7 juillet 1986. Quatre programmes de télévision devraient ainsi pouvoir être diffusés sûr l’Europe occidentale, tandis que TDF 2 sera lancée en 1988. Cette dernière aura les mêmes caractéristiques techniques que TDF 1 et sera donc sa continuation logique. Son coût : d’ores et déjà plus de 110 millions de francs. C’est Jacques Pomonti, président de l’Ina, qui a été chargé du lancement de la société de commercialisation du satellite, ainsi que de la mise en route du plan de financement. Deux canaux devraient être exploités par la CLT, Compagnie luxembourgeoise de télévision, tandis qu’un canal devrait être occupé par des programmes fournis par le service public. C’est Pierre Desgraupes, ancien PDG d’A2, qui a la responsabilité de la programmation. Il est bien évident que le succès ou l’échec de TDF 1 ne dépend, en fait, que des programmes qui seront proposés : ainsi, si la CLT a pris des engagements concernant deux canaux, elle se sentirait sans doute plus attirée par des fréquences locales, si les télévisions privées hertziennes étaient autorisées. En effet, il faut savoir que pour la réception de ces chaînes, le téléspectateur devra tout de même faire un investissement minimum de 4.000 francs. Alors qu’il n’en aurait aucun à consentir pour la réception de programmes locaux. De plus, il ne faut pas oublier que la publicité a été réservée aux deux canaux de la CLT, d’où la nécessité impérieuse de trouver des partenaires financiers pour le canal français.

TV : liberté plus

tvLa rumeur

Le mercredi 26 décembre, une dépêche de l’agence France Presse tombait sur tous les téléscripteurs, annonçant qu’une réunion s’était tenue le vendredi 21 décembre à l’Elysée. Sous la présidence du chef de l’État, elle comprenait Laurent Fabius, Georges Fillioud, secrétaire d’État à la Communication, et le PDG de l’agence Havas et de Canal Plus, André Rousselet. Objet de la rencontre : discuter du dossier brûlant des télévisions privées ‘hertziennes, par rapport au plan câble, au satellite, à Canal Plus, et échanger des points de vue. Or, depuis quelques semaines, des rumeurs, non démenties, affirmaient que le • Président de la République n’était nullement opposé aux télévisions privées, et «qu’il y en aurait même avant 1986».

La position du gouvernement

Avant toute chose, et afin de bien comprendre le débat, il est nécessaire de connaitre quels ont été les choix du gouvernement en matière d’audiovisuel : en juillet 1982, il avait été décidé de mettre en avant le plan câble, le lancement du satellite TDF I et une nouvelle chaîne, Canal Plus. Or, il apparaît que le câble et le satellite ont pris du retard, et coûtent finalement beaucoup plus cher que prévu (voir encadré). Canal Plus, après une campagne de lancement extraordinaire, doit faire face à de nombreuses difficultés, notamment avec les décodeurs. De plus, peut-on réellement parler de succès, alors que cette «pay TV», copiée sur le modèle américain, ne se situait pas en état de concurrence. On s’abonnait peut-être à Canal Plus faute de pouvoir recevoir autre chose.

La situation politique

Jusqu’à un passé récent, on savait que le gouvernement, lorsqu’il était dirigé par Pierre Mauroy, était totalement hostile à l’idée même des télévisions privées. Toutes les tentatives (voir encadré), et elles furent relativement nombreuses depuis 1981, se virent stoppées par l’intervention de la police, et l’inculpation des protagonistes. Premier accroc, l’avocat Jean-Louis Bessis et le journaliste André Bercoff lancèrent en juin dernier Canal 5. Jean-Louis Bes-sis, qui fut l’avocat de nombreuses radios libres, et membre des commissions Holleau et. Gallabert, était inculpé. Mais le juge d’ instruction chargé de son dossier ordonna un non-lieu. En appel, il fut certes de nouveau inculpé. Mais entre temps, d’autres tentatives eurent lieu, à Paris, TVL, avec Daniel Granclément et Renaud Delourme, deux anciens journalistes de TF1 ; et à Lyon, Canal Rhône Alpes (proche du groupe de Robert Hersant) et Canal I. Parmi les membres du gouvernement, ou des proches du pouvoir, hostiles aux télévisions privées, on note en premier lieu, bien sûr, le nom de Georges Fillioud, puis Louis Mexandeau (avec une position nettement moins tranchée, alternant les «non» et les «oui, mais»), ministre des Télécommunications, Jack Lang, ministre de la Culture (qui fut également hostile à Canal Plus), et André Rousselet, PDG de Havas et Canal Plus.

Les raisons

Les tenants du «non» avancent des arguments frappants : tout d’abord, ils citent l’exemple italien (voir encadré), annonçant la mainmise d’un seul groupe sur la majorité des télévisions privées, et la mort de l’industrie cinématographique. Ensuite, l’encombrement du réseau hertzien, partagé il est vrai entre la télévision, l’armée, les PU, les radios…), la concurrence commerciale qui priverait certaines régions, jugées non rentables, de bonne réception, et notamment des programmes du service public, l’invasion des produits étrangers, la mort du plan câble, de la presse régionale, Canal Plus qui serait obligé de passer en clair sous peine de mourir… Une situation totalement catastrophique.

Les «oui»

Parmi les tenants d’une certaine libéralisation des télévisions, on trouve tout d’abord Jacques Attali, conseiller fort écouté de François Mitterrand, et de nombreux proches du chef de l’Etat. Notamment Jacques Séguéla, lequel ne se cache d’ailleurs pas d’avoir un projet de télévision privée ! Mais on en trouve également. et c’est plus nouveau, dans l’entourage du Premier ministre, Laurent Fabius. Lequel était fermement opposé à ces nouvelles télévisions voici encore quelques mois ! On ne serait pas hostile autour de lui à cette nouvelle liberté. Il ne faut pas non plus oublier que 1986 sera une année politiquement importante pour le pouvoir actuel. Alors, face à une opposition qui ne cesse de se battre sur le thème des libertés menacées, et qui a déjà nettement pris position pour les télévisions privées (oubliant en cela qu’elle avait interdit les radios locales), il est sans doute plus que temps d’agir. Ainsi, le pouvoir de gauche apparaitrait comme celui qui aurait su négocier le virage vers l’avenir en libéralisant l’audiovisuel.

Le choix

Les positions sont définies, certes, mais la décision finale n’est pas encore connue. Et il ne faut pas oublier que, comme pour la publicité sur les radios locales, cette politique se décidera au sommet de la pyramide, à l’Elysée même . C’est sans doute l’une des raisons de toutes les rumeurs existantes actuellement. Ce qui est certain, c’est que cette décision sera mûrement réfléchie, et qu’une libéralisation ne pourrait se faire sans prendre de précautions (que ne dénient d’ailleurs pas des gens comme Jean-Louis Bessis ou Renaud Delourme). Mettant en jeu des moyens financiers et politiques importants, il est évident que le pouvoir ne souhaite absolument pas les voir tomber sous la main d’un seul groupe, qui aurait, de plus, de nombreuses chances de lui être hostile. Et puis, on parle beaucoup du pouvoir de l’argent. Avec toujours le spectre des puissances importantes qui auraient la mainmise sur les télévisions, ne mettant à profit celles-ci que pour réaliser de nouveaux bénéfices. Alors, on évoque déjà la possibilité de donner l’autorisation à quelques villes de France d’émettre sur les ondes hertziennes ; chaînes qui basculeraient sur le réseau câblé, quand il sera opérationnel. Cependant, il ne faut pas oublier que les télévisions privées qui auraient le plus de chance de trouver une audience potentielle, seraient, à l’instar des radios locales, celles qui disposeraient de moyens financiers importants (voir encadré), afin de proposer des programmes engageants. En effet, si le coût d’installation est relativement mince, il n’en est pas de même pour la fourniture de programmes. Et là, il est évident que l’on ne trouve pas beaucoup d’entreprises qui auront la possibilité de perdre de l’argent pendant deux ans, voire trois ans, avant d’en gagner. Ainsi, sur la ville de Paris, Jacques Chirac a déposé une demande de trois canaux hertziens : parmi les noms des éventuels fournisseurs de programmes, on trouve Libération, Europe 1… La station de la rue François 1er a d’ailleurs d’ores et déjà dépensé la modique somme de 30 millions de francs pour faire équiper ses studios en matériel, et fournit des programmes à Canal Plus, lui permettant ainsi de faire ses premières armes. Le cinéma s’intéresse également de près à ce secteur : UGC, qui prend actuellement pied dans la FM, a un projet déjà très évolué. Des groupes de presse, Hersant, Hachette. On évoque aussi la possibilité d’une sorte de kiosque à télévision, réunissant sur la même fréquence un certain nombre de télévisions parfaitement ciblées.

Le financement

Fournir des programmes, surtout si l’on veut qu’ils soient de qualité, cela coûte fort cher ! Il est donc à peu près certain que, pour vivre, ces télévisions devraient fonctionner en réseaux, et ce, dans le but d’amortir tant les programmes propres, que des achats. De plus, le personnel devra également être correctement payé. Ces réseaux, bien sûr, émettraient en faisant de nombreux décrochages locaux, se transformant ainsi en véritables chaînes locales compétitives. Pour cela il est donc nécessaire qu’elles aient accès à la publicité. On objecte justement, face à ce nouveau média, comme on l’avait fait pour les radios locales, qu’il va prendre une partie des budgets destinés à la presse régionale. Vrai ou faux. On s’aperçoit, en effet, en consultant les chiffres, que les investissements publicitaires dans notre pays sont relativement modestes. FR3, par exemple, diffuse des messages publicitaires sur ses écrans, tant pour les programmes régionaux que nationaux. Et les spots régionaux sont, dans une très grande majorité, monopolisés par des industries nationales. Les quelques sociétés régionales qui s’y sont intéressées ne faisant d’ailleurs que fort peu de publicité dans la PQR. Elle ne s’est donc pas sentie menacée par ce phénomène, pas plus d’ailleurs que par les radios locales. N’oublions pas qu’elles ont d’ailleurs pris position dans ce secteur, en achetant quelques stations. Et qu’elles feront sans doute de même avec des chaînes locales. La leçon qu’il faut en tirer est la suivante : les journaux ont su faire basculer les budgets qu’ils perdaient dans la presse écrite au bénéfice de leurs stations de radio. Il en serait de même pour la télévision. D’autre part, s’il n’est pas obligatoirement intéressant pour un industriel de faire une publicité à l’échelon national, la multiplicité des médias régionaux, locaux, pourrait sans doute inverser cette tendance. On peut imaginer des campagnes couplées radio locale / télévision locale / presse régionale. Une fois de plus, il n’est évidemment pas question de laisser faire n’importe quoi. Des règles devraient être édictées instituant des interdictions, à l’image de ce qui se fait sur les chaînes nationales, ou Canar Plus. Et l’argent ainsi gagné permettrait de produire ou d’acheter des programmes de qualité, amenant eux-mêmes un maximum d’audience, donc plus de recettes. Car, expliquer que ces télévisions ne diffuseraient que des programmes médiocres est faux : si dans un premier temps, on notera sans doute quelques difficultés, regardons l’exemple italien. Afin de conserver leur audience, donc leur publicité, les chaînes de l’industriel Berlusconi ont été forcées d’améliorer la qualité ! La multiplicité des moyens de communication, de diffusion, ne peut qu’être favorable à une industrie des programmes, qui trouverait là de nouveaux débouchés. Et protégeons également le cinéma : en interdisant, par exemple, de diffuser certains soirs des films sur les écrans, ou en obligeant les télévisions à reverser une partie de leurs revenus à l’industrie cinématographique.

Horizons lointains

Horizons lointainsL’aventure est vraie, l’histoire d’amour peut-être un peu moins mais… En 1807, l’Amérique vient de racheter la Louisiane à la France et le Président des États-Unis, Jefferson, envoie une expédition de soldats volontaires dans cette région encore inexplorée et peuplée d’Indiens amicaux ou… sauvagement agressifs. Le but est de rejoindre le Pacifique et, ainsi, de conquérir une nouvelle frontière en s’offrant une mini-reconquête de l’Ouest. De l’époque historique, il reste surtout un bon vieux western et un tout aussi bon vieux mélo sentimental. Deux hommes, deux gradés sous uniformes, sont copains comme deux frères, mais une femme les sépare. Charlton Heston (mais qui résisterait à son sourire crispé et à son haleine fraiche ?) séduit la fiancée de son ami et néanmoins chef, Fred Mac Murray. Mac Murray, en bon gentleman, s’efface devant son rival. Et tous ces petits «mâles» partent pour leur expédition.En chemin, le bel Heston (qui résisterait à son…) rencontre une jeune Indienne avec qui il joue un jeu dangereux. Il «allume» la pauvre squaw. Il la désire mais Mac Murray lui rappelle qu’il s’est engagé ailleurs. Ah la fureur du désir ! Il est amusant de voir que Charlton le magnifique accepte de délaisser ses «héros positifs et nobles» pour un personnage qui n’a pas assez de volonté pour résister à ses pulsions et aux sollicitations des autres. Rudolph Mate, cinéaste de série B qui a touché un peu à tous les genres, joue avec franchise les conventions du western et n’a pas peur des bons vieux sentiments. Il vous mijote, avec un grand savoir-faire, ses scènes d’action. Et, surtout, il n’oublie pas qu’il a été, avant de passer à la réalisation, un grand chef opérateur. Sa photo, magnifiée par le procédé de la «Vista vision», est superbe. Le spectacle des contrées sauvages et des paysages grandioses, ça compte aussi ! Et vive la nostalgie hollywoodienne !

L’homme de l’ouest

L'homme de l'ouestLe grand Gary Cooper a terminé sa carrière dans l’univers ensoleillé du vieil Ouest. Trois ans avant sa mort, il fut ce légendaire «Man of the West» sous la direction d’Anthony Mann, spécialiste d’un genre qu’il a cultivé avec ampleur et générosité, de «Winchester 73» à «L’appât», de «La charge des tuniques bleues» à «L’homme de la plaine». Il y est confronté à un acteur étonnant, qui joua très souvent les rôles secondaires avec un relief inattendu : Lee J. Cobb. Au début du film, Gary Cooper est un hors-la-loi repenti qui voyage paisiblement en Arizona, lorsque son train est attaqué par une bande de gangsters. Il est fait prisonnier avec les autres voyageurs et, pour que tout le monde ait la vie sauve, il feint de se ranger du côté des bandits dont le chef (Lee J. Coob) est précisément son oncle. Il lui suggère d’organiser le hold-up d’une banque, mais ce n’est vraiment pas facile de jouer ce double jeu… Mal accueilli à l’époque de sa sortie, «L’homme de l’Ouest» est l’exemple type du western «psychologique» qui a surpris une large partie du public habituée davantage aux joyeuses fusillades qu’aux drames de conscience et aux situations complexes. Admirablement filmé et mis en scène, il est cependant devenu un classique – et pour Gary Cooper, ce fut un de ses meilleurs rôles.

Les conquérants

Les conquérantsClassique du western dans la grande tradition des bottes à pointe et des J.B. Stetsons. Réalisé par Michael Curtiz, ce western en cinémascope fut interprété par des stars aussi grosses que celles des shérifs Errol Flynn, le jeune loup de Tasmanie et Olivia de Havilland, la guet-star d’«Autant en emporte le vent». La trame du récit tient en quelques coups de feux : c’est la lutte qui oppose .de courageux éleveurs (God. bless America) à un officiel corrompu dans une petite ville de l’Ouest, Dodge City. Le marshal (Errol Flynn) fera en sorte que la ville recouvre le calme, la sérénité et la bonne réputation chère aux bigotes de service. Que Dodge City redevienne à l’image des pionniers qui l’ont, créée et pas à celle des bandits qui l’ont pervertie. Scénario rasoir double action, mille fois rabâché sur tous les tons, mais prétexte à un bon film. Il y a des kilomètres de films du même genre que Dodge City ou «Les conquérants», mais peu importe. Dans le genre, Michael Curtiz est un précurseur, et ses films sont les plus authentiques qui soient. Les puristes du western dans les règles retrouveront le saloon, la gare, les chevaux, et les archétypes du cow-boy. C’est du cinémascope, ça court partout et ça galope et c’est rempli de cow-boys sans foi ni loi, des qui s’entretuent chaque fois qu’ils trouvent un cheveu dans le plat ! (cf. Boris Vian).

Stress

Apprêtez-vous à frissonner de peur. Vous êtes seule chez vous, il est tard, le téléphone sonne: au bout du fil, rien qu’un halètement maladif. Employons le féminin pour «seule» car n’importe quel spectateur, dans cette situation, ne peut que s’identifier à Nathalie (Carole Laure), qui vit dans un immeuble moderne avec sa petite fille, et s’aperçoit qu’elle est traquée par un inconnu qui lui veut du mal. Aux appels anonymes succèdent bientôt les messages macabres, comme ce cœur sanguinolent abandonné sur un siège de sa voiture. Un véritable cauchemar commence pour Nathalie, qui appelle au secours son ami et quasi-fiancé (André Dussolier), puis un singulier détective privé (Guy Marchand). Ce genre de suspense fonctionne toujours bien au cinéma : une femme sans défense est à la merci d’un persécuteur invisible, dont nous ignorons le visage comme les intentions. Toute la première partie de «Stress» met ainsi nos nerfs à rude épreuve. Le réalisateur, Jean-Louis Bertuccelli, a su créer l’angoisse pure, avec le concours d’une Carole Laure parfaite de vulnérabilité frémissante. Lorsque nous comprenons qui est le coupable, le film change de ton comme de respiration, et on en revient à un policier plus traditionnel, légèrement baroque. Mais on n’oublie pas de sitôt la terreur de la première partie.

Ultime violence

Ultime violenceIl était une fois un tueur fou… Et pas n’importe lequel : Nanni Vitali. Deux morts à son actif et une évasion spectaculaire d’une _prison italienne. Vitali est vraiment le dingue ! Sous prétexte de gangstérisme et de terrorisme, il continuera à frapper sauvagement un homme blessé, sans arme, à terre et presque mort. La bête enragée, quoi ! Ce film de Sergio Grieco (dont le titre italien original est «Labelva col mitra») mérite bien son titre français : «Ultime violence». Braquage, passage à tabac, coups de rasoir sur la poitrine, viol, séquestration d’otages, enterrement vivant.., on arrive presque au catalogue ! Il y a bien quelques petites notes sur le climat de violence de la fin des années 70 en Italie. On apprend que les gardiens de prison avaient des armes, mais pas de balles. Dans le rôle du dangereux meurtrier complètement paranoïaque, Helmut Berger en fait le maximum : dents serrées et regard illuminé. Marisa Mell fit aussi un joli bout de carrière (notamment dans «Danger Diabolik» de Mario Bava). Ici, elle est l’otage qui laisse des indices à la police mais qui, petit à petit, se laisse séduire par le tueur. A eux deux, ils font de «Ultime violence …» un peu plus qu’un simple film de gangsters.

Tir à vue

Les Bonnie and Clyde de la crise… C’est ainsi que l’on a envie d’appeler Marilyn et Richard, les deux «héros» de «Tir à vue».Tir à vue Elle a dix-sept ans, comme sont interprète (qui fut césarisée lors des derniers Césars pour «A nos amours» de Pialat). Elle a en elle un démon qui la pousse instinctivement vers la violence. Elle est acharnée et autodestructive. Lui est tout aussi mal dans sa peau, mais un peu plus âgé. Jusqu’à présent, il a le sentiment d’avoir raté sa vie. Sa rencontre avec Marilyn, c’est celle de l’amour fou, de la sensualité et du vertige de la mort. Dans un monde où les agressions et le terrorisme sont devenus ultra-quotidiens, on a du mal à accepter le lyrisme de Marc Angelo sur ces deux anges de la mort qui détruisent tout ce qu’ils touchent par plaisir, pour leur plaisir ! Ces rebelles sans cause, dévorés par le désespoir de leur jeunesse, dérangent sacrément parce qu’ils touchent quelque chose de trop vrai, de trop séduisant ! Côté film, Marc Angelo et son scénariste mettent dans la bouche de Marilyn quelques «énormités» de dialogue qu’ils ont consciemment voulues. Leur Marilyn vit sa vie comme une série B et parle par phrases clinquantes et toutes faites. Ça amuse parfois, ça exaspère souvent. Mais c’est tout à fait dans le style «ravageur» de Marc Angelo, qui signe là son premier film. «Tir à vue» possède, même dans ses excès de rythme, de couleurs, de scénario… une certaine force ! Mais ce sont les deux comédiens qui, en nous arrachant de force notre sympathie, finissent par emporter le morceau.

Les fauves

Les fauvesDans la nuit parisienne, derrière son uniforme de vigile et son regard taciturne chargé d’un lourd secret, un homme subit sa vie comme un automate. Il s’appelle Berg. Ancien cascadeur, il aimait Bella, sa partenaire dans la vie comme dans le rodéo-automobile dont ils étaient les vedettes. Mais un soir, juste avant le spectacle, Bella a reçu une étrange visite et lui a annoncé qu’elle partait. Et, ce même soir, Bella est morte dans les flammes, pendant le show… à cause de Berg. Accident ou préméditation ? Berg le sait-il lui même ? Depuis, il erre dans sa vie, portant – comme tout héros romantique qui se respecte – un lourd fardeau sur l’âme et le cœur. Mais, en 1984, les romantiques ne sont plus ce qu’ils étaient. Le monde qui les entoure ne les laisse plus s’adonner tranquilles à leurs mélancolies. Au cœur de la nuit, lorsque les braves gens dorment, soigneusement enfermés chez eux, une faune s’empare des rues. La violence s’installe, la pénombre et l’insomnie réveillent de vieilles intolérances. Dans cet univers de bêtise et de haine latente, il suffit d’une étincelle (d’un viol puis d’un Meurtre…) pour mettre le feu aux poudres, pour donner des envies de lynchage et de chasse à l’homme. «Les fauves», par son sujet et la manière «très mode» dont il est traité, rappelle «Rue barbare». Mais sans le style très particulier de David Goodis et sans le parti-pris de baroque et d’irréalité. «Les fauves» joue la carte du western urbain (la course-poursuite dans le palais omnisport de Bercy encore en construction). Jean-Louis Daniel, le réalisateur, donne à son film la couleur et le rythme vidéoclip (le spectacle de cascades sur les quais de la Seine ou le show-présentation lingeries). Et les acteurs (surtout le trio Lazure-Léotard-Auteuil) s’en donnent a cœur joie dans la sur dramatisation du jeu. «Tout cela imprime au film un côté excessif qui séduit, malgré (ou à cause de) ses naïvetés».