Festival de Cognac, le retour des femmes fatales

Jon VoightDeux longues jambes s’étirent magistralement devant un auditoire médusé qui a encore en mémoire les images de «Chantons sous la pluie» ou de «Tous en scène». Cyd Charisse n’a pas grand chose à voir avec le film policier et cette 9e édition du Festival de Cognac dédié au genre (29 mars au 1er avril dernier), mais elle illumine de sa classe les moments de répit entre deux séances de tuerie en 35 mm. Elle reçoit un hommage plein de tendresse d’un autre grand du cinéma américain, Jon Voight. De passage en France pour la promotion de son dernier film, cet acteur trop rare sur nos écrans fait preuve d’une gentillesse et d’une disponibilité qui devraient faire méditer un certain nombre de comédiens français qui n’ont même pas encore à leur palmarès des films aussi forts que «Macadam cow-boy», « Délivrance», «Retour», «Le champion» ou «Runaway train». Passons. La force de frappe de la manifestation reste la femme fatale, dans tous les sens du terme. Il y a d’abord la craquante Jamie Lee Curtis: jeune femme-flic fraîchement nommée qui a maille à partir avec un redoutable psycho-killer dans le «Blue steel» de Kathryn Bigelow.

L’absence de cette dernière et de son actrice principale a peut-être influencé le jury qui n’a donné qu’une mention spéciale (?) à Jamie Lee Curtis pour sa superbe prestation dans ce film fort bien réalisé, mais «un peu longuet» sur la fin. La dernière grande « bonne femme» de la sélection est une inconnue : Joanne Whalley-Kilmer. Essayez de retenir ce nom qui risque de devenir grand, très grand. C’est celui de l’actrice principale de «Kill me again», Grand prix du Festival (sortie en juin prochain), un petit bijou de film réalisé par John Dahl.

Kill me againDans une histoire qui n’est pas sans rappeler les bons vieux polars ricains des années 50, Joanne est une femme fatale doublée d’une garce comme on aimerait en voir plus souvent… au cinéma. Elle aurait pu en faire voir aux dizaines de flics qui sévissent dans le reste d’une sélection plutôt moyenne. «Gunmen», l’habituel polar made in Hong-Kong fait mouche (si la Cinémathèque et Canal + rendent hommage à ce cinéma du bout- du monde, a-t-on vraiment le droit d’en dire du mal?) ; «Les quatre criminels», le film soviétique, embrouille et ennuie (Prix du public, plus qu’étrange); «L’homme qui racontait des histoires», le film allemand, n’intéresse pas grand monde; «Gare centrale», le film espagnol, suscite à peine quelques commentaires d’envie des mâles en furie à la vue du corps d’une charmante jeune Polonaise, Katarzyna Figura, présente à Cognac; «Affaires privées», solide production ricaine de Mike Figgis («Stormy morlday»),fait cette fois se pâmer les femelles devant le sourire carnassier de Richard Gere et le charme latin d’Andy Garcia. Restent le film le plus mauvais, tous festivals confondus, de ces cinq dernières années, «Hitcher in the dark», d’un mystérieux Humphrey Humbert (en l’occurrence le nullissime Umberto Lenzi), et la bonne surprise (il se doit toujours d’y en avoir une), l’envoûtant «Appartement zéro». Récompensé par le Prix spécial du jury et le Prix de la critique, ce film anglais de Martin Donovan qui se passe à Buenos Aires a de forts accents de Pedro Almodovar, ce qui est un beau compliment. Un jeune célibataire, introverti et seul depuis que sa mère s’est fait interner dans un hôpital psychiatrique, loue une de ses chambres à un Américain discret et charmant qui s’avère être… un mercenaire au service des tortionnaires argentins. Si le sang coule à flots dans ces différentes productions (le dernier film de Peter Yates, «Délit d’innocence» avec Tom Selleck, présenté hors compétition, est d’une très grande efficacité), c’est à la hauteur des litres de cognac que dégustent les 200 invités accueillis comme des rois par une population des plus chaleureuses, que l’on retrouvera avec grand plaisir l’année prochaine. Pour quelques polars de plus… et avec la présence de nouvelles grandes vedettes dont Jean-François Meyer, programmateur et attaché de presse, d’un très grand professionnalisme, absent cette année.