Le jury, présidé par Françoise Sagan

Ce jury récompense deux films riches, par leur budget comme par leur thème, «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola et «Le tambour» de Volker Schlondorff. Adapté d’un roman de Gunter Grass, «Le tambour» est une fresque, violente et passionnée, sur l’histoire de l’Allemagne vue par le minuscule Oscar qui, dès son troisième anniversaire, refuse de grandir. Son édition en cassette chez Fil à Film permet de constater que le film n’a rien perdu de sa verve et de son panache. Le regard lucide que porte Schlondorff sur les événements contemporains de son pays d’origine conserve, en 1990, la même acuité. Peut-on en dire autant de «Yol», Palme d’or en 1982, écrit en prison par le réalisateur turc Yilmaz Güney et mis en scène par son ami Serif Gôren? Difficile d’en juger, mais il semble que le jury ait davantage voulu récompenser la ténacité d’un cinéaste politiquement engagé plutôt qu’une œuvre cinématographique. Cinq détenus turcs obtiennent une permission de huit jours. On suit, pas à pas, leurs pérégrinations d’hommes provisoirement libres. Ce film austère et dénonciateur des conditions pénitentiaires en Turquie est certes original dans sa conception Yiimaz Günez écrivait chaque scène en prison, définissait lui-même les lieux de tournage d’après ses souvenirs et confiait ses notes à Serif Gôren qui les réalisait à la lettre, mais méritait-il vraiment la Palme d’or? L’Histoire le dira…

FuryoLa petite histoire, quant à elle, retiendra sans doute ce gag involontaire qui clôt le Festival 1983. Un journaliste un peu sourdingue croit comprendre que c’est «Furyo» de Nagisa Oshima qui a le Grand prix. Il fonce l’annoncer aux producteurs japonais qui, pour l’occasion, débouchent la saké d’honneur. Malheureusement pour eux, si la palme est bien nippone, ce n’est pas «Furyo», mais «La ballade de Narayama ». Cette fable allégorique et radicalement absconse pour qui n’est pas natif du nord de Kyoto ne fait pas l’unanimité, loin de là. Le réalisateur Shoshei Imamura choisit d’adapter deux nouvelles de l’écrivain Shichiro Fuka. C’est Bille August qui l’emporte au finish, pour réaliser «Pelle le conquérant» zawa qui racontent l’histoire d’une famille très pauvre, des montagnes du Shinshu au centre du Japon. La beauté des paysages et le soin apporté à la mise en scène n’empêchent pas l’ennui mortel que ressentent les festivaliers au bout d’un quart d’heure de projection. Là encore, on s’interroge sur un tel choix du jury…

Francis Ford CoppolaNettement moins controversée, la récompense suprême est attribuée, en 1984, au beau, film de Wim Wenders, « Paris, Texas». Rarement une œuvre a autant fait Vunanimité auprès du jury, de la critique et du Sagan, récompense deux films riches, par leur budget comme par leur thème, «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola et «Le tambour» de Volker Schlondorff. Adapté d’un roman de Gunter Grass, «Le tambour» est une fresque, violente et passionnée, sur l’histoire de l’Allemagne vue par le minuscule Oscar qui, dès son troisième anniversaire, refuse de grandir. Son édition en cassette chez Fil à Film permet de constater que le film n’a rien perdu de sa verve et de son panache. Le regard lucide que porte Schlondorff sur les événements contemporains de son pays d’origine conserve, en 1990, la même acuité. Peut-on en dire autant de «Yol», Palme d’or en 1982, écrit en prison par le réalisateur turc Yilmaz Güney et mis en scène par son ami Serif Gôren? Difficile d’en juger, mais il semble que le jury ait davantage voulu récompenser la ténacité d’un cinéaste politiquement engagé plutôt qu’une œuvre cinématographique. Cinq détenus turcs obtiennent une permission de huit jours. On suit, pas à pas, leurs pérégrinations d’hommes provisoirement libres. Ce film austère et dénonciateur des conditions pénitentiaires en Turquie est certes original dans sa conception Yiimaz Günez écrivait chaque scène en prison, définissait lui-même les lieux de tournage d’après ses souvenirs et confiait ses notes à Serif Gôren qui les réalisait à la lettre, mais méritait-il vraiment la Palme d’or? L’Histoire le dira… La petite histoire, quant à elle, retiendra sans doute ce gag involontaire qui clôt le Festival 1983. Un journaliste un peu sourdingue croit comprendre que c’est «Furyo» de Nagisa Oshima qui a le Grand prix. Il fonce l’annoncer aux producteurs japonais qui, pour l’occasion, débouchent la saké d’honneur. Malheureusement pour eux, si la palme est bien nippone, ce n’est pas «Furyo», mais «La ballade de Narayama ». Cette fable allégorique et radicalement absconse pour qui n’est pas natif du nord de Kyoto ne fait pas l’unanimité, loin de là. Le réalisateur Shoshei Imamura choisit d’adapter deux nouvelles de l’écrivain Shichiro Fuka c’est Bille August qui l’emporte au finish, pour réaliser «Pelle le conquérant». zawa qui racontent l’histoire d’une famille très pauvre, des montagnes du Shinshu au centre du Japon. La beauté des paysages et le soin apporté à la mise en scène n’empêchent pas l’ennui mortel que ressentent les festivaliers au bout d’un quart d’heure de projection.
Wim WendersLà encore, on s’interroge sur un tel choix du jury… Nettement moins controversée, la récompense suprême est attribuée, en 1984, au beau, film de Wim Wenders, « Paris, Texas». Rarement une œuvre a autant fait l’unanimité auprès du jury, de la critique et du public. Le réalisateur s’explique : «Ce film est né de rêves, dont l’un d’entre eux était de pouvoir travailler avec Sam Shepard, avec qui je souhaitais collaborer depuis longtemps…» Fidèle à son thème de prédilection, à savoir l’errance héritée des «road-movies» des années 70, Wenders traque ses personnages symboliques au plus profond de leur âme. Nasstassja Kinski, en employée de peep-show, est formidable de vérité et de tendresse.

Ce joyau va honorer votre vidéothèque. On se souvient du poing levé de Maurice Pialat quand la foule du Palais le huait lors de la remise des prix en 1987. «Vous ne m’aimez pas, mais je ne vous aime pas non plus»! On est, en revanche, en droit de ne pas aimer son film, hiératique, boursouflé et passablement prétentieux. « Sous le soleil de Satan», une adaptation du premier roman de Georges Bernanos, mérite peut-être une révision, mais même les amateurs d’intellectualisme de tous crins n’ont pas vraiment apprécié. Alors… La dernière Palme d’or proposée en ce moment par Fil à Film est tirée d’un classique de la littérature danoise, et Cari Dreyer, Roman Polanski et Bo Widerberg avaient déjà songé à l’adapter pour l’écran. C’est le réalisateur Bille August qui l’emporte au finish, et «Pelle le conquérant», qui mobilise pendant trois ans de tournage plus de mille personnes, voit le jour sous les meilleurs auspices. A la fin du 19e siècle, Lasse Karlsson, un paysan suédois veuf depuis trois ans, débarque au Danemark avec son jeune fils, Pelle. Il croit trouver facilement du travail, mais là non plus, rien n’est simple. Cette histoire forte, qui emprunte à la fresque ses méandres sinueux, s’avère une totale réussite, et procure un bonheur jubilatoire et sain. Le jury ne s’y trompe pas en lui attribuant, en 1988, la plus haute distinction. Mais un jury du plus grand festival de cinéma du monde a-t-il droit à l’erreur? Sans doute, puisque carrare humanum est». Convenons qu’elles sont rares, et remontons directement aux sources. En 1973, la sélection française fait scandale à Cannes. Le tout premier Festival de Cannes a lieu en 1946, à l’instigation de Philippe Erlanger.

Jusqu’à la fin des années 50, tourisme et mondanités l’emportent sur l’art et la cinéphilie. Les derniers nababs de l’après-guerre paradaient à bord de leur yacht ou au balcon de leur somptueuse villa. On comptait nettement moins de monde aux conférences de presse que sur la plage du Carlton, et les starlettes l’emportaient haut la main sur les colloques. C’est en 1959, sous l’impulsion’ de la Nouvelle Vague, que l’existence d’un cinéma d’auteur est officiellement reconnue.