Interview exclusif !

Après l’interview, irons-nous nous sustenter dans un restaurant asiatique ? Pas de problème ? (ce n’est pas, en effet, d’une originalité foudroyante) !

Ho! Pour moi, tout ce qui est cuisine exotique, c’est bon !
Commençons par les présentations d’usage : qui es-tu, d’où viens-tu, que fais-tu ?

Ha ! Ha ! Ha ! (rire inquiet). Vais-je avoir droit à des questions du même tonneau durant la totalité de l’interview ?
Comme chez Jacques Chancel, hop !

Je vais commencer par parler de mes géniteurs. Sans eux, je ne serais pas ce que je suis. Papa était journaliste grand reporter. Français, Cévennol. Il a rencontré maman pendant la guerre de Corée, love story, et maman, qui est Coréenne, l’a suivi ; et voilà, je suis née un peu plus tard à Paris. Donc, j’ai déjà des racines doubles…

Et non point carrées !

Ça se lit sur mon visage. Ce n’est pas évident. Quand je vais en Corée, personne ne me prend pour une Asiatique. Je connais vraiment le statut des fesses entre deux chaises.
Nous y viendrons plus tard…

Mais ça ne me dérange pas, j’assume bien. Je vois mon métissage comme une addition. J’ai été élevée dans un contexte de famille européenne en ne connaissant que ses membres français. En fait, j’ai. commencé à m’apercevoir que j’étais un peu différente, un peu « jaune », quand on m’a proposé mes premiers rôles pour le cinéma, parce que, automatiquement, il s’agissait de rôles à étiquettes orientales. Là, j’ai pris conscience de ma différence.
Comment en es-tu arrivée au cinéma ?

Complètement par hasard. A Paris, après avoir vécu deux ans à Londres. Je venais de passer mon bac, je faisais de l’anorexie et, pour des raisons médicales, je me suis retrouvée deux ans à Londres.

Quel bac as-tu fait ?

Littéraire. Le bac le plus nul. J’ai fait du grec…
Quelle horreur !

Non, pas quelle horreur… j’ai toujours été passionnée de linguistique. C’est grâce au grec que j’ai eu ensuite envie d’apprendre le chinois et le coréen. Ce que maman n’avait pas fait. Et le grec m’a un peu servi de détonateur.
Les Grecs sont toujours détonants… Mais nous nous éloignons. À quelle carrière te destinais-tu ?

C’est très bizarre. En fait, dans ma tête, je n’avais aucun plan de carrière. J’ai toujours cueilli l’instant présent, sans jamais savoir ce que j’allais faire après. Je suis issue d’une génération « post-soixante hui-tarde ». Je m’étais dit : je fais les langues z’0 et on verra bien… Mon goût de l’éclectisme est né de cette époque.

Oui, mais bon, tu ne te destinais pas à la plomberie-« zinguerie », par exemple ?

J’était prête à tout. Ça dépendait de mes rencontres. Peut-être bien que si j’avais rencontré un plombier-zingueur, j’aurais choisi de faire carrière dans la plomberie-« zinguerie »… Le comportement de ma génération, c’était « À bas les idées reçues, les plans de carrière, on se fout des retraites… » Il y avait un bon petit vent velléitaire. C’était les seventies. La révolte bébête. J’étais prête à tout alors que mon père aurait aimé me voir devenir diplomate, après des études brillantes. Si, à l’époque, ma tête n’avait pas été contaminée par l’esprit « soixante-huitard » peut-être aurais-je fait Sciences Po et le reste. Dans cet état d’esprit, ‘on imagine plus facilement l’irruption du cinéma dans ma vie. C’est venu par hasard, sans ‘même que j’ai les tripes en feu depuis l’âge de quinze ans, comme la plupart des actrices…

Quel fut ton premier rôle ?

C’était dans un spectacle pour enfants, « L’histoire d’Aladin », à la porte de Pantin. Je jouais le rôle de la princesse. C’était génial ! Ça a duré trois mois. Ensuite, on m’a surtout proposé des rôles de plantes grasses ou de prostituées. Evidemment, le cinéma français n’ayant aucune imagination, les prostituées sont toujours jaunes. Généralement, je refusais, mais parfois j’acceptais comme dans « Madame Claude », film dans lequel j’avais un rôle très compartimenté : celui d’une banquière chinoise, simple spectatrice des cochonneries du film : je n’agissais pas. En plus, je devais parler anglais, ce qui m’amusait au plus haut point. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de faire ce film. Mais bon, après coup, je me dis que j’aurais très bien pu ne pas le faire…
Alors pourquoi avoir accepté? Pour l’argent ?

Non, parce que le rôle n’était pas du tout déshabillé. Je campais un personnage très digne. Mais le scénario n’était pas génial. Si j’avais eu plus de jugeotte…

Et si, demain, Coppola t’appelle pour te proposer une somme à mourir de rire dans son prochain film qui comporterait une scène déshabillée ?

Non, je ne suis pas sûre que j’accepterais. J’aime bien me déshabiller dans l’écriture, qui est devenu mon terrain de provocation. Montrer mes seins et mes fesses, non ! Il m’est arrivé de le faire dans « Les cinq dernières minutes ». C’était pour la télé et j’avais le rôle principal. La scène était justifiée. Je l’ai donc faite au milieu de plein d’autres. Elle n’a pas été conçue dans le seul but que je me mette les seins à l’air.. On me propose régulièrement de me déshabiller dans les journaux. Je réponds que c’est complètement idiot, autant garder le mystère entier. Autant que les lecteurs s’imaginent que j’ai une superbe poitrine ! C’est la technique du cache-misère : génial ! C’est mieux comme ça, les gens fantasment un maximum. S’ils voient, ça n’a plus aucun intérêt.

Dans combien de films as-tu joué ?

Je ne suis pas du genre à tenir ce type de comptabilité. Je n’en ai absolument aucune idée. Il n’y a que quelques films qui m’ont marquée, ce sont principalement des films réalisés pour la télévision, genre « Maigret » ou « Les cinq dernières minutes », donc pas des choses très reluisantes. mais dans lesquelles, au moins, on m’avait donné la chance d’interpréter des rôles solides qui n’avaient rien à voir avec mon physique.

Ce sens de la comédie est spontané ?

Je me suis toujours refusée à prendre des cours de comédie. J’avais une trouille folle de perdre ma spontanéité. Ce qui ne m’a pas empêchée de travailler mon métier de comédienne. J’ai appris, à travers la comédie, à faire passer des émotions, et elle m’a servi de pont pour passer à l’écriture.

Quels rôles aurais-tu souhaité interpréter ?

C’est une question qu’on me pose souvent. Quand on a, envie de jouer tel rôle, c’est qu’il a été sublimement interprété. Il ne m’est jamais venu à l’idée de me dire : zut, j’aurais bien aimé jouer ce rôle ! Mais les rôles qui m’attirent le plus sont ceux qui permettent de passer de l’émotion à la drôlerie en douche écossaise. J’aime ces performances de comédien. Donc un rôle dans ce registre qui est le plus difficile, je dis oui.

L’écriture, domaine dans lequel tu es maintenant très connue, t’a-t-elle amené d’autres propositions cinéma ?

C’est le problème des étiquettes, un problème très français d’ailleurs. À part quelques personnes fidèles qui me connaissent bien, mais qui ont du m’al à monter leurs productions, l’idée générale consiste à me cantonner dans le monde de l’écriture.
Reçois-tu beaucoup de scénarios ?

Franchement, non. Excepté des sit-com vis-à-vis desquelles je reste radicalement hostile.

Pourquoi n’écris-tu pas le scénario, de ton propre film ?
Par pudeur et par décence. Même si on n’a pas forcément pensé à toi en le concevant, lorsqu’on t’offre un rôle, c’est un cadeau. Quand tu l’interprètes ensuite, tu fais don de toi-même. Ce que je dis est peut-être un peu idiot…

Pensais-tu déjà à l’écriture au moment où tu étais comédienne ?
J’ai toujours fait plein de choses à côté, de mon activité de comédienne. Je faisais des relations publiques, des traductions, .des petits articles. J’ai toujours touché un peu à tout. J’ai coproduit un film aussi. Avec l’auteur et réalisateur qui est aussi mon compagnon. Le film s’appelait « Sois beau et tais-toi ». Il est sorti à Paris, à la sauvette, suite à des problèmes de distribution, sans pub, et il n’a pas marché. On a eu des dettes, on a ramé et récupéré les droits du film. On l’a ressorti deux ans après et on a pu rembourser nos dettes.

Es-tu une grande consommatrice de films ?

Oui, par périodes. Plus en salle qu’en vidéo. Sorry ! Par paresse. Parce que je n’ai pas le réflexe d’aller m’inscrire dans un vidéoclub pour aller chercher des cassettes.

Quels genres de films vas-tu voir ? Westerns, horreur, X, kung-fu ?

Les films X sont dans ma tête. Mais on peut toujours m’emmener voir un film érotique, j’irai par curiosité. Je ne dirai jamais : non, quelle horreur !
Et un porno dégueulasse ?

Si tu me le proposes, oui, pour voir ! Je ne suis pas une habituée de ce genre de salles…

Changeons de sujet. Dans ton dernier livre (« L’éléphant bleu ») tu mets en scène le personnage complexe de Minsky. A-t-il vraiment existé ? Non, mais il est vrai que j’avais rencontré un sculpteur américain qui vivait à Londres, dans un énorme entrepôt. On buvait du saké assis par terre dans sa chambre, avec d’autres gens. Il y avait ce grand drapeau américain, qui faisait penser à un linceul, au-dessus du lit. Ce sont des éléments que j’ai repris parce qu’ils m’avaient frappée. Mais Minsky traversant sur son scooter son atelier aussi grand que la gare Victoria, c’est une extrapolation !

Polnareff faisait ça avec une Harley-Davidson à Paris : Il avait de sérieux problèmes avec ses voisins ! C’est plus chic qu’en scooter ! J’ai situé l’action de mon livre dans le quartier de Kensington à Londres, un quartier génial, avec Kensington Market, d’où sont partis les principaux mouvements de mode et le magasin Biba, un endroit fantastique et fou. En 1973-1974, c’était marrant de voir déferler cette mode revival des années 30. Les gens se gominaient les cheveux alors que c’est venu en France beaucoup plus tard. Il y avait aussi le côté délire vestimentaire, les paillettes et les semelles compensées pour les mecs, qui se retrouvaient perchés sur des talons de 15 centimètres…