Interview exclusif ! (suite & fin)

Ton premier livre date de quelle année ?

Je l’ai écrit en 1986 et il est sorti en 1987. Ça faisait longtemps que je pensais à écrire quelque chose.

Mon père écrivait lui-même des romans. Il a même bien joué puisque son premier roman a obtenu le prix Renaudot, ce qui, à l’époque, n’était pas mal car il était surtout connu comme journaliste. Les choses étaient alors bien cloisonnées : les journalistes n’écrivaient pas encore des romans. C’était il y a vingt ans, j’avais donc quatorze ans et je n’avais qu’une envie : écrire comme lui. Mais j’ai décidé d’écrire seulement le jour où je pourrais raconter autre chose que mes fumeuses introspections, ce qui est souvent le cas quand on est très jeune. J’ai donc attendu et, tout à coup, le cap de la trentaine est arrivé ! Ça a été « Le baiser du Dragon ». C’est tout simplement venu parce que j’avais envie de lire un livre comme celui-là. Dans un monde où les gens se prennent tellement au sérieux, je trouve intéressant et nécessaire d’écrire des choses qui ne sont pas sérieuses. J’ai donc écrit un livre sur le cul sans prendre le cul au sérieux ! Les gens n’ont d’ailleurs pas toujours compris puisqu’ils parlent de livre érotique alors qu’il n’a pas été écrit pour leur faire monter des fourmis dans la culotte. « Le baiser du Dragon » était un éclat de rire, une parodie de romans érotiques chinois. Les scènes prétendument érotiques sont, à mon sens, prétextes à des fous rires. Il y a une distance, un certain recul, les personnages sont toujours grotesques. Les journalistes, du moins certains, m’ont cataloguée comme auteur érotique.. C’est devenu une étiquette que j’assume parce que ça m’amuse. En plus, si mes bouquins étaient écrits par un homme, tout le monde dirait que c’est niais. Ça te démangeait depuis longtemps d’écrire des choses qui déclenchent des fourmis dans les pantalons ? Je savais que j’écrirais, mais pas spécialement des choses érotiques. Au départ, le « Le baiser du Dragon » devait être simplement un recueil de cochonneries rigolotes. C’était spontanément parti comme ça. Cela dit, les gens qui l’ont lu n’ont pas été émus par le cul, mais par ce qu’il y avait autour, c’est-à-dire des personnages, une intrigue et même une histoire d’amour cornélienne.

Et l’avenir ?

J’ai trois idées dans la tête et je ne sais pas dans laquelle je vais m’installer. Pas dans le cinéma, cet horizon étant pour l’instant très fermé.

Tu sembles être très sensible à la cause féministe.

Pas particulièrement. Cela dit, en tant que femme, je préfère être née en France. Si j’étais née en Corée, mon père m’aurait probablement imposé un mariage avec un homme coréen que je ne verrais pas de la journée. Là-bas, je ne – pourrais pas faire ce que je fais. Je n’aurais pas la possibilité d’exploser sur le plan individuel et artistique. Le problème de la femme dans le monde est un sujet qui m’intéresse.

Quelle est la question la plus con qu’on t’ait posée jusqu’à présent ? (à part celle-là) !

Si j’avais testé toutes les cochonneries que je racontais dans « Le baiser du Dragon ».

Ça tombe mal, on allait justement te la poser, celle-là !
(Enorme éclat de rire).

Comment s’organisent tes journées ?

Comme je suis très bordélique, je suis obligée de m’astreindre à une certaine discipline. Cela dit, je ne suis pas du style à me dire : je dois me lever à 7 heures… Je laisse les choses venir. Je reste plutôt chez moi. Mais je devrais me promener plus souvent quand il fait beau. C’est peut-être aussi parce que j’habite un peu en dehors de Paris, à Sèvres. Si j’habitais Paris, il est sûr que j’irais davantage traîner. En plus, j’adore écrire sur la terrasse d’un café ou au fond d’un bistrot.

Au Flore, comme Sartre ?

Non, non, non ! Pas là, dans un petit café bien crade.
Avec les piliers de bar ivres morts se traînant sur le sol carrelé entre les taches de vin ?

Ça ne me dérangerait pas. Au contraire, je me concentre bien quand il y a beaucoup de bruit qui ne me concerne pas.
Dans ton dernier livre, tu parles de consommation de haschisch, mais as-tu goûté à des substances plus hard ?

Oui, à la cocaïne, mais jamais à l’acide ou à l’héroïne. Je voulais voir ce que ça faisait. Je ne suis pas branchée sur l’autodestruction.

Et l’opium ?

Ha, l’opium, oui !

Ben tiens !

Pas beaucoup, mais oui. Papa, qui a vécu en Inde, a écrit de très belles choses sur l’opium. Comme j’ai été élevée dans ce contexte, j’y suis forcément venue. Quand je raconte, dans le livre, que la première fois que l’héroïne (sans vouloir faire de mauvais jeu de mots) fume une pipe d’opium, elle a une envie folle de passer l’aspirateur, je dois confesser que ça m’est réellement arrivé ! Ce qui est assez décevant quand on s’y pi-é-pare depuis longtemps (à fumer de l’opium, pas à faire le ménage).

Les femmes de ménage apprécieront. Tu en trouvais facilement de l’opium à Paris ?

C’est un concours de circonstances. Ce n’est pas moi qui allait à l’opium, mais l’opium qui venait à, moi. J’ai toujours été assez passive pour ce genre de choses. En revanche, là, maintenant, si on reparlait de ce restaurant, ça me brancherait plutôt.
Compris, Éléphant bleu, on arrête la cassette. Direction l’Anapurna !