Marche à l’ombre

Marche à l'ombreDeux paumés « trentenaires » rêvent de se réinsérer dans le monde du travail et le quotidien tranquille sans abandonner ce qui leur tient le plus à cœur au monde la Musique. Courant après un copain à combines miracles, ils tombent de galères en coups foireux, de squats expulsés par les CRS en couloirs de métro rackettés par une véritable mafia de la « manche ». Mais ces abonnés à l’échec n’en ont pas moins le moral. Ils vivent dans l’amitié et même l’amour. Par leur façon de s’exprimer et de s’assumer, allant jusqu’au bout de leurs» conne-ries », ils montrent un humour à la fois désabusé et lucide, triste et tonifiant. Il ne faut surtout pas croire que Michel Blanc joue les opportunistes. Bien au contraire ! Il appartient à cette génération et baigne dans la même culture populaire qu’elle, mais il exprime avec une virtuosité unique ce ‘mal dans sa peau «face aux autres, à la société, aux filles, à l’avenir, etc. On l’a souvent dit Blanc est un fabuleux dialoguiste. Les répliques de « Marche à l’ombre » font tilt à tout coup. A partir de là, peu importe si l’intrigue n’est pas aussi structurée qu’elle le devrait… Dans un tel paquet-cadeau, les comédiens ne peuvent qu’être bons.

Tenue de soirée

Tenue de soirée« Je dirai que c’est l’histoire d’un type qui est assis entre son copain et la femme dont il est fou. Quelqu’un lui tripote la braguette et ça l’excite parce qu’il croit que c’est la femme. Manque de pot, la main en question est celle de son copain… »C’est ainsi que Bertrand Blier résume son « putain de film ». Monique et Antoine, un couple de paumés, se lie d’amitié avec un individu grossier, opportuniste et plein aux as. Ce cambrioleur les entraîne dans un univers glauque où tous les coups sont permis. Fort, tendre, cruel, dur, audacieux, la langue française manque d’épithètes pour décrire ce film provocant. Bertrand Blier a conçu ce long métrage pour le même trio que « Les valseuses », mais la disparition de Patrick Dewaere, en 1982, l’a contraint à retarder son exécution. C’est donc Michel Blanc qui, avec ce rôle, a remporté le Prix d’interprétation masculine à Cannes, en 1986. Un rôle où il excelle, dans de fabuleux jeux d’acteurs, avec un partenaire non moins remarquable, Gérard Depardieu (homosexuel ! Il faut le voir pour le croire), et passe de la sensibilité extrême à l’humour le plus grinçant. Miou-Miou, dans un rôle « charnière » aussi puissant que celui des « Valseuses », est géniale. En résumé, un trio de choc pour un long métrage très dérangeant. Un rythme accéléré où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Seules quelques pauses nous sont accordées, histoire de reprendre son souffle. C’est cru, c’est sexe, bref, un moment difficile à passer pour tous ceux qui croient encore à l’amour avec un grand A…