Police frontière

Le sujet de l’immigration clandestine des Mexicains qui passent la frontière américaine semble Passionner les réalisateurs outre-Atlantique. Mis à part «Alambrista» de Robert M. Young, peu d’œuvres traitent sérieusement un sujet aux graves implications sociologiques, voire même politiques. La plupart des autres films choisissent l’aspect western : «Un flic de choc» ou «Chicanos, chasseur de tête» avec Charles Bronson. Il faut dire qu’il y a là tout ce qu’il faut pour faire un bon film d’action.

Police frontièreD’un côté, les Mexicains fuient la misère et sont prêts à entrer par tous les moyens sur le territoire américain. Les passeurs leur extorquent l’argent et considèrent la vie de leurs « clients » comme chose négligeable. De l’autre côté, il y a les flics : ceux qui ferment les yeux parce que ça leur rapporte et ceux qui veulent faire respecter la loi à tout prix. Tony Richardson, dans « Police frontière », a préféré le spectacle pur à toute velléité de dénonciation. S’il parle des flics corrompus, c’est simplement pour montrer comment un homme apparemment honnête et consciencieux dans son boulot de flic, peut se voir contraint de participer au trafic d’immigrés parce que son épouse mène un train de vie que sa modeste solde ne peut pas assumer. Car ce même flic retrouve vite son «noble» cœur pour sauver l’enfant d’une Mexicaine aux charmes de laquelle il n’est pas indifférent… On peut s’étonner même que ce film d’action solidement ficelé soit signé Tony Richardson, un des cinéastes anglais qui, dans les années 60, militèrent pour le Free Cinéma, l’équivalent de la NouvelleVague. Tony Richardson, c’est «Un goût de miel», «La solitude d’un coureur de fond» ou encore «Tom Jones». Dans «Police frontière», faute deretrouver un grand cinéaste, on a la confirmation du savoir-faire d’un bon technicien. Un peu comme pour Jack Nicholson (qui passe une bonne partie du film caché derrière ses lunettes noires), on aurait aimé que des talents aussi hors du commun, nous donnent plus qu’un bon divertissement.