Quelques projets

Avant même que la décision finale ne soit connue, des projets ont pris corps, bien entendu. Mais, entre émettre quelques heures, avec des programmes plus ou moins improvisés, et alimenter une chaîne chaque jour, il y a un gouffre. Jean-Louis Bessis, qui se déclare dès à présent candidat à une chaîne privée sur Paris voit ainsi les débuts de ce que pourrait être la future Canal 5 : «Nous avons décidé de cibler parfaitement notre auditoire potentiel : il se situerait entre 15 et 35 ans, donc très vaste, avec des programmes musicaux relayés en FM par une radio locale parisienne. Mais, avant tout, j’insiste sur le fait qu’un cahier des charges très précis doit être imposé, afin d’éviter tout débordement : ainsi, par exemple, respecter le service public, en être complémentaire (notamment dans le secteur de l’information), pas de films, afin de protéger le cinéma. Et aider au maximum la création française. Il est bien sur impératif d’autoriser la publicité sur notre antenne, afin, justement, de permettre les achats de programmes. Dans un premier temps, il est clair que nous diffuserions un maximum de programmes musicaux (50 ou 60 % de notre antenne), grâce à des clips vidéo, en majorité français, et par des Scopitones. Ensuite, évidemment, des plateaux en direct, avec des invités. Dans un second temps, grâce à nos recettes, nous nous lancerions dans l’achat de programmes». Autre projet, celui de Pierre Bellanger, directeur de la, radio locale La Voix du lézard. Son nom Aquarius. A la suite d’une étude de marché, il en a déduit qu’un projet, pour être rentable à moyen terme, se devait de proposer des programmes sportifs, super populaires, ou d’être une sorte de radio périphérique en image. C’est ce dernier qui a d’ailleurs retenu son attention. Comme il l’expliquait récemment dans une interview au Matin : «Aquarius sera le pendant visuel de notre station FM». Cela donnera des films, des clips. Une télévision d’un faible coût de revient. Il vient de fonder une Sarl afin de disposer des trois millions nécessaires au lancement de sa télévision, et compte évidemment beaucoup sur les transferts publicitaires de sa radio vers la chaîne de télévision pour l’alimenter. Quant au problème de la retransmission, il est au contact actuellement avec TDF afin que celle-ci se charge de la diffusion de la Voix du lézard, et éventuellement d’Aquarius. Et puis, bien sûr, les groupes multimédias ont également leurs projets, s’apprêtant à relayer les expériences des premières télévisions pirates. Dans le même temps, on apprenait que Télé Monte-Carlo, la chaîne de périphérique du midi de la France, qui émet désormais jusqu’à Marseille, allait tenter d’ouvrir ses antennes à des produits, qui, jusqu’à présent, n’apparaissaient pas sur ses écrans : la distribution, le tourisme, la parfumerie. Cependant, il ne faut pas oublier que la Sofirad (donc l’Etat français) contrôle cette chaîne. Et que les trois chaînes françaises ne sont pas «ravies» de cette ouverture. Mais, lorsque l’on voit les comptes d’exploitation de TMC, déficitaires de 18,6 millions, il est logique qu’elle tente d’augmenter ses recettes publicitaires, afin d’équilibrer son budget.

Le plan câble

câblesLancé en novembre 1982, le plan câble prévoyait l’équipement de 1,4 million de foyers dès 1985: or, jusqu’à présent, c’est seulement 162.000 prises qui ont été commandées, soit la moitié de ce qui était initialement prévu pour 1984. De plus, les 147 municipalités qui sont candidates au plan de câblage commencent à se poser des questions. Il apparaît que bien des points noirs avaient été occultés lors de la mise en place de ce plan : le coût financier avait été sous-estimé, puisque chaque prise revient à environ 15.000 francs soit trois fois plus que la première estimation. Et cela, pour une raison simple, les industriels ne pouvant offrir les prix calculés sur une fabrication supérieure à celle existant actuellement. De plus, le système adopté par le gouvernement, la fibre optique, n’a pas, loin de là, fait toutes ses preuves. Autre problème, qui va assurer son financement ? C’est en théorie le ministère des PTT, avec une prise en charge des municipalités ayant fait actes de candidatures, qui devraient avancer plus du tiers de la somme à la direction générale des télécommunications, afin de pouvoir bénéficier de l’installation du réseau. En outre, l’investissement de l’Etat semblerait avoir été également largement sous-estimé ; il a ainsi bénéficié en 1984 d’une somme de 2 milliards, somme qui devait être reconduite en 1985, et est menacée de restriction budgétaire. Qui va exploiter le câble ? Logiquement, ce sont des Slec, sociétés locales d’exploitation du câble, qui devraient passer un contrat de location et de gestion avec les PTT, mais rien n’est en réalité moins clair. En effet, le tarif d’abonnement, afin d’attirer une clientèle potentielle, ne devra pas excéder 150 francs, ce qui n’assure pas une somme de revenus très importante, et laisse présager bien des problèmes concernant la répartition des sommes nécessaires à la gestion, et à l’entretien des réseaux. En outre, les programmes sont également loin d’être développés : on ne connaît pour le moment que les deux mille heures mises au point par la mission câble. Ce qui fait tout de même très peu. Même si quelques sociétés, comme Télé Hachette, Pathé Cinéma… viennent de décider de se lancer dans l’investissement de programmes, la majorité des municipalités et des sociétés de productions audiovisuelles se font très discrètes dans ce domaine.

Le satellite TDF 1

Laurent Fabius, Premier ministre, a confirmé, à la fin du mois de décembre, le lancement du satellite TDF 1, qui aura lieu le 7 juillet 1986. Quatre programmes de télévision devraient ainsi pouvoir être diffusés sûr l’Europe occidentale, tandis que TDF 2 sera lancée en 1988. Cette dernière aura les mêmes caractéristiques techniques que TDF 1 et sera donc sa continuation logique. Son coût : d’ores et déjà plus de 110 millions de francs. C’est Jacques Pomonti, président de l’Ina, qui a été chargé du lancement de la société de commercialisation du satellite, ainsi que de la mise en route du plan de financement. Deux canaux devraient être exploités par la CLT, Compagnie luxembourgeoise de télévision, tandis qu’un canal devrait être occupé par des programmes fournis par le service public. C’est Pierre Desgraupes, ancien PDG d’A2, qui a la responsabilité de la programmation. Il est bien évident que le succès ou l’échec de TDF 1 ne dépend, en fait, que des programmes qui seront proposés : ainsi, si la CLT a pris des engagements concernant deux canaux, elle se sentirait sans doute plus attirée par des fréquences locales, si les télévisions privées hertziennes étaient autorisées. En effet, il faut savoir que pour la réception de ces chaînes, le téléspectateur devra tout de même faire un investissement minimum de 4.000 francs. Alors qu’il n’en aurait aucun à consentir pour la réception de programmes locaux. De plus, il ne faut pas oublier que la publicité a été réservée aux deux canaux de la CLT, d’où la nécessité impérieuse de trouver des partenaires financiers pour le canal français.