Combien coûte une télévision privée ?

Le Bipe, Bureau d’informations et de prévisions économiques, s’est livré à une enquête très intéressante, à savoir le prix de revient d’une télévision privée hertzienne, en tenant compte de l’investissement matériel et des programmes. Avant de pouvoir émettre, il est bien évidemment indispensable de disposer du matériel nécessaire. Première nécessité, définir la zone de couverture, le point d’émission, en tenant compte du relief géographique. Plusieurs hypothèses ont été retenues par le Bipe, le devis le moins élevé se situant à moins de 50 000 francs. Cependant, il est sans doute beaucoup glus raisonnable de tenir compte des autres prévisions qui, elles, sont nettement glus chères : 270 000 francs, 670 000 francs et 1,4 million de francs. Ensuite, il faut tenir compte de l’équipement vidéo, d’un coût élevé, puisque que la somme minimum est I estimée à 500 000 francs. Les autres estimations se situant dans une fourchette évoluant entre 1 et 10 millions de francs.

Beaucoup plus difficile d’évaluer, en revanche, les prix des programmes. Ainsi, au cours des premières tentatives d’émission des télévisions pirates, certains programmes ont coûté environ 5 000 francs l’heure. Néanmoins, ces prix ne tiennent évidemment pas compte des charges que devraient supporter annuellement une télévision privée. Toujours pour le Bipe, en tenant compte d’un volume d’émission de six heures par jour, le coût de revient minimum serait de 3,6 millions de francs par mois, soit à peu près le même coût que l’investissement en matériel d’une petite station. Il est nécessaire toutefois de prendre connaissance du coût moyen des programmes régionaux de FR3 qui, annuellement, toujours sur une base de six heures, reviennent à 324 millions de francs.

ecologieIl était une fois les écologistes…

A l’heure où les télévisions privées hertziennes apparaissent comme une possibilité en France, il était intéressant de faire un bref récapitulatif comptable et sociologique des premières expériences de télévisons libres ayant eu lieu dans notre pays.

Dans un premier temps, les télévisions libres sont nées, au même titre que les radios, de la volonté de groupements politiques, principalement les écologistes, et de nombreux «activistes» et de techniciens. Dans un second temps, des groupes politiques, par l’intermédiaire de municipalités (François Léotard à Fréjus…), des journalistes et des personnalités diverses (Daniel Grandclément, André Bercoff, Jean-Louis Bessis…) et des groupes de presse (Robert Hersant à Lyon…). Il est également certain que de très nombreuses municipalités, en majorité d’opposition, ont des projets : notamment Nice, Chamalières, Nantes. Sans oublier les groupes de presse, les radios périphériques et locales, les agences de publicité, les groupements de cinéma. Ce média, à l’image des radios locales, entraîne décidément bien des convoitises. Mais toutes n’ont pas forcément le même, but : si certains y trouvent ainsi un moyen de pression fantastique, d’autres, plus prosaïquement, veulent le traiter en véritable média, fait par des professionnels, afin d’avoir le maximum d’audience, et donc, le maximum de bénéfices publicitaires.

Le câble est roi aux États-Unis

Etats-UnisPierre Salinger est actuellement .directeur du bureau parisien de la chaîne américaine ABC. Pour les lecteurs de OGH, il dresse un bilan de la situation générale dans laquelle se trouvent les télévisions aux États-Unis. «Depuis les années 50, et jusqu’à il y a environ 6 ans, trois chaînes étaient en situation de quasi monopôle sur l’ensemble du territoire : ABC, CBS et NBC. A elles trois, elles représentaient environ 90 % dé l’audience de la télévision aux États-Unis». Chaînes privées, elles se livrent entre elles une redoutable concurrence, tant dans le domaine de l’information que des distractions, afin de récolter les budgets publicitaires les plus importants, source principale des revenus. «Aujourd’hui, ces télévisions, continue Pierre Salinger, ont vu leur audience baisser, pour se stabiliser à environ 65 %» Plusieurs explications à cette situation. La première concerne la réussite du câblage aux États-Unis. Après quelques années de tâtonnements, les programmes ont réussi à se positionner, et donc à trouver une audience. La seconde c’est la percée de la chaîne PVS, télévision publique lancée dans les années 1960, financée par le gouvernement et des entreprises privées, mais fonctionnant sans diffuser de spots publicitaires, situation rarissime aux États-Unis. PVS représente 5 % de l’audience. Et son mode de fonctionnement est intéressant : les 200 stations ont la charge de fabriquer leurs programmes, en toute liberté. Ainsi, établissent-elles relativement souvent des coproductions avec des télévisions étrangères. Par exemple, avec FR3, la station de San Francisco a-t-elle enregistré une série sur la nourriture en France, une autre sur la guerre du Viêt-Nam. Autre percée, le câble. Actuellement, les grandes villes sont câblées, permettant ainsi aux téléspectateurs de recevoir, moyennant un abonnement modique, une multitude de programmes. Dans une ville comme New York, par exemple, un abonné peut recevoir 25 programmes différents. Ces chaînes ont trouvé leurs spécificités : certaines ne proposent que des programmes sportifs, d’autres uniquement des films. Et les grands groupes s’y sont intéressés, puisque Warner et Disney possèdent leurs propres réseaux. Sans oublier les grandes chaînes nationales qui ont pris des participations dans ce secteur : «ABC, indique Pierre Salinger, possède 85 % de ISPN, qui est une chaîne 100 % sportive, tandis que nous avons pris des accords avec CNN, qui est la plus grande réussite en matière de câble, afin de lui fournir des programmes d’information». Et ces chaînes ne font pas qu’émettre, puisque fortes de leurs ressources financières, tirées de la publicité, elles se mettent à produire à leur tour. Ainsi HBO, une station new-yorkaise produisait deux films par an, elle est passée à 40 en 1984. En contrepartie, les pay TV, sur lesquelles a été copié Canal Plus, doivent faire face aujourd’hui à des difficultés. En effet, le téléspectateur trouve beaucoup, plus intéressant de s’abonner au câble, disposant de multiples programmes, plutôt qu’à une seule chaîne. La presse écrite a subi une érosion, due à la multiplicité des chaînes : «Lorsque j’ai débuté ma carrière de journaliste, continue Pierre Salinger, chaque grande ville possédait en moyenne quatre quotidiens du matin, et un ou deux quotidiens du soir. Aujourd’hui, les quotidiens du soir ont en majorité disparu, tandis que ceux du matin ont vu leur nombre se réduire. Les grands hebdomadaires ont également disparu, au profit de journaux spécialisés, dans tous les domaines possibles : cinéma, variétés, sports, vidéo…». Face à ces proliférations de télévisions, ABC, NBC et CBS ont réagi en améliorant encore le domaine dans lequel elles sont les plus fortes à savoir l’information. Les grandes chaînes américaines sont en train de développer leurs systèmes d’accords de coproductions et de fournitures de programmes avec les chaînes étrangères, notamment en Italie, avec le groupe Berlusconi, en Allemagne… Sachez enfin que le prix de revient par épisode d’un feuilleton comme « Dynastie » est de 900 000 dollars, contre 250 000 par épisode pour «Chateauvallon», la nouvelle saga d’A2. Mais la différence réside dans le fait que la série américaine est déjà rentabilisée avant de quitter le territoire des États-Unis, ce qui permet de vendre l’épisode 30 000 dollars. Faites le calcul vous-mêmes.

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